Fils d'un général d'Empire, Hugo se consacre à la littérature en explorant tous les genres: le roman (Notre Dame de Paris, Les Misérables, Quatre-vingt-treize, Han d'Hislande), la poésie (Odes et Ballades, Les Contemplations), le théâtre (Préface de Cromwell, Hernani). Théoricien, sinon initiateur du drame romantique, Hugo forme sa propre conception de la littérature, notamment la rencontre entre grotesque et sublime qui fonde le romantisme de l'époque. Dans ses œuvres romanesques et poétiques se retrouvent largement le goût pour les contrastes dans le mélange des genres et dans la double identité des héros; lyrisme dans la peinture de l'amour; épopée dans le large cadre historique des drames; symbolisme dans ce que représentent les personnages.
Les Misérables est à la fois un roman réaliste, un roman épique, un hymne à l'amour et un roman social. Etant roman réaliste, “Les Misérables” décrit tout un univers de gens humbles. C'est une peinture très précise de la vie dans la France et le Paris des pauvres du début du XIX-e siècle. Ce roman dépeint les grandes fresques: la bataille de Waterloo et l'émeute de Paris en juin 1832. Mais le roman est aussi épique par la description des combats de l'âme: les combats de Jean Valjean entre le bien et le mal, son rachat jusqu’à son abnégation, le combat de Javert entre respect de la loi sociale et respect de la loi morale.
Alors, les personages principaux sont Jean Valjean, Fantine, sa fille Cosette, Marius, les Thénardier et le représentant de la loi Javert.
Fantine est une jeune femme. Elle a une fille: Cosette. Elle est contrainte de laisser sa fille en garde chez des aubergistes de Montfermeil, les Thénardier, afin de pouvoir trouver du travail. Fantine ne vit que pour sa fille et, lorsqu'elle a perdu son travail, elle vendait tout ce qu'elle avait – ses dents et ses cheveux. Enfin, à bout de ressources, elle se fait fille publique.
Selon Hugo c'est la misère qui fait les misérables. Jean Valjean, bûcheron, étant sans travail, tâche de voler un pain pour ses neveux – orphelins. Pour ce délit il croupit 19 ans dans le bagne et en sort le cœur clos et durci. Ce n'est que la rencontre de l'évêque Myriel, homme au grand cœur, qui rend à Jean Valjean la foi dans les hommes et dans la vie. Avec l'argent volé à l'évèque Myriel, Jean Valjean secourt les orphelins et les pauvres, enrichit les habitants de Montreuil-sur-Mer en faisant prospérer son industrie. Il consacre le reste de sa vie à élever la petite Cosette, fille de la malheureuse Fantine, victime d'un fils à papa. Victor Hugo parle avec tendresse du petit Gavroche, le gamin de Paris toujours gai, qui est, lui aussi, victime de l'injustice sociale de son époque.
Elle avait été congédiée vers la fin de l'hiver; l'été se passa, mais l'hiver revint. Jours courts, moins de travail. L'hiver, point de chaleur, point de lumière, point de midi, le soir touche au matin, brouillard, crépuscule; la fenêtre est grise, on n'y voit pas clair. Le ciel est un soupirail. Toute la journée est une cave. Le soleil a l'air d'un pauvre. L'affreuse saison! L'hiver change en pierre l'eau du ciel et le cœur de l'homme. Ses créanciers la harcelaient.
Fantine gagnait trop peu. Ses dettes avaient grossi. Les Thénardier, mal payés, lui écrivaient à chaque instant des lettres dont le contenu la désolait et dont le port la ruinait. Un jour ils lui écrivirent que sa petite Cosette était toute nue par le froid qu'il faisait, qu'elle avait besoin d'une jupe de laine, et qu'il fallait au moins que la mère envoyât dix francs pour cela. Elle reçut la lettre, et la froissa dans ses mains tout le jour. Le soir elle entra chez un barbier qui habitait le coin de la rue, et défit son peigne. Ses admirables cheveux blonds lui tombèrent jusqu'aux reins.
– Les beaux cheveux! s'écria le barbier.
– Combien m'en donneriez-vous? dit-elle.
– Dix francs.
– Coupez-les.
Elle acheta une jupe de tricot et l'envoya aux Thénardier.
Cette jupe fit les Thénardier furieux. C'était de l'argent qu'ils voulaient. Ils donnèrent la jupe à Éponine. La pauvre Alouette continua de frissonner.
Fantine pensa: – Mon enfant n'a plus froid. Je l'ai habillée de mes cheveux. Elle mettait de petits bonnets ronds qui cachaient sa tête tondue et avec lesquels elle était encore jolie.
Un travail ténébreux se faisait dans le cœur de Fantine.
Quand elle vit qu'elle ne pouvait plus se coiffer, elle commença à tout prendre en haine autour d'elle. Elle avait longtemps partagé la vénération de tous pour le père Madeleine; cependant, à force de se répéter que c'était lui qui l'avait chassée, et qu'il était la cause de son malheur, elle en vint à le haïr lui aussi, lui surtout. Quand elle passait devant la fabrique aux heures où les ouvriers sont sur la porte, elle affectait de rire et de chanter.
Une vieille ouvrière qui la vit une fois chanter et rire de cette façon dit: – Voilà une fille qui finira mal.
Elle prit un amant, le premier venu, un homme qu'elle n'aimait pas, par bravade, avec la rage dans le cœur. C'était un misérable, une espèce de musicien mendiant, un oisif gueux, qui la battait, et qui la quitta comme elle l'avait pris, avec dégoût.
Elle adorait son enfant.
Plus elle descendait, plus tout devenait sombre autour d'elle, plus ce doux petit ange rayonnait dans le fond de son âme. Elle disait: – Quand je serai riche, j'aurai ma Cosette avec moi; et elle riait. La toux ne la quittait pas, et elle avait des sueurs dans le dos.
Un jour elle reçut des Thénardier une lettre ainsi conçue: «Cosette est malade d'une maladie qui est dans le pays. Une fièvre miliaire, qu'ils appellent. Il faut des drogues chères. Cela nous ruine et nous ne pouvons plus payer. Si vous ne nous envoyez pas quarante francs avant huit jours, la petite est morte».
Elle se mit а rire aux éclats, et elle dit à sa vieille voisine: – Ah! ils sont bons! quarante francs! que ça! ça fait deux napoléons? où veulent-ils que je les prenne? Sont-ils bêtes, ces paysans!
Cependant elle alla dans l'escalier près d'une lucarne et relut la lettre.
Puis elle descendit l'escalier et sortit en courant et en sautant, riant toujours.
Comme elle passait sur la place, elle vit beaucoup de monde qui entourait une voiture de forme bizarre, sur l'impériale de laquelle pérorait tout debout un homme vêtu de rouge. C'était un bateleur dentiste en tournée, qui offrait au public des rateliers, des opiats, des poudres et des élixirs.
Fantine se mêla au groupe et se mit à rire comme les autres de cette harangue où il y avait de l'argot pour la canaille et du jargon pour les gens comme il faut. L'arracheur de dents vit cette belle fille qui riait, et s'écria tout à coup: – Vous avez de jolies dents, la fille qui riez là. Si vous voulez me vendre vos deux palettes, je vous donne de chaque un napoléon d'or.
– Qu'est-ce que c'est que ça, mes palettes? demanda Fantine.
– Les palletes, repris le professeur dentiste, c'est les dents de devant, les deux d'en haut.
Quelle horreur! s'écria Fantine.
... Les deux dents étaient arrachées.
Elle envoya les quarante francs à Montfermeil.
Du reste c'était une ruse des Thénardier pour avoir de l'argent. Cosette n'était pas malade.
Fantine jeta son miroir par la fenêtre. Depuis longtemps elle avait quitté sa cellule du second pour une mansarde fermée d'un loquet sous le toit; un de ces galetas dont le plafond fait angle avec le plancher et vous heurte à chaque instant la tête. La pauvre ne peut aller au fond de sa chambre comme au fond de sa destinée qu'en se courbant de plus en plus. Elle n'avait plus de lit, il lui restait une loque qu'elle appelait sa couverture, un matelas à terre et une chaise dépaillée. Un petit rosier qu'elle avait, s'était désséché dans un coin, oublié. Dans l'autre coin, il avait un pot à beurre à mettre l'eau, qui gelait l'hiver, et où les différents niveaux de l'eau restaient longtemps marqués par des cercles de glace. Elle avait perdu la honte, elle perdit la coquetterie. Dernier signe. ... Elle se sentait traquée et se développait en elle quelque chose de la bête farouche. Vers le même temps, le Thénardier lui écrivait que décidément il avait attendu avec beaucoup trop de bonté, et qu'il lui fallait cent francs, tout de suite, sinon qu'il mettrait à la porte la petite Cosette, toute convalescente de sa grande maladie, par le froid, par les chemins, et qu'elle deviendrait ce qu'elle pourrait, et qu'elle créverait, si elle voulait. – Cent francs, songea Fantine. Mais où y a-t-il un état à gagner cent sous par jour?
– Allons! dit-elle, vendons le reste.
L'infortunée se fit fille publique.
Victor Hugo «Les Misérables»
(aspect conceptuel et linguistique du texte)
1. Formulez le thème conducteur du récit de façon qu'il puisse servir de titre à ce texte. Commentez le titre du texte.
2. Comment pouvez-vous décrire la nature des pensées qui préoccupaient et tourmentaient Fantine au commencement du récit? Par quels procédés stylistiques sont-elles reflétées?
3. Expliquez de quelle façon le niveau lexical du texte permet à l'auteur de créer la tonalité triste de la vie de l'héroïne. Classifiez le lexique du texte de ce point de vue.
4. Qu'est-ce qui est propre à la syntaxe affective de l'auteur? Comment contribue-t-elle au développement des idées du texte.
5. Trouvez dans le texte les phrases où l'auteur emploie la répétition. Sur quoi insiste ce type de figures syntaxiques dans l'extrait analysé?
6. Commentez la phrase suivante:
« C'était un misérable, une espèce de musicien mendiant, un oisif gueux, qui la battait, et qui la quitta comme elle l'avait pris, avec dégoût ».
7. À quoi sert la construction parallèle dans la phrase: «Elle avait perdu la honte, elle perdit la coquetterie»? Trouvez dans le texte des exemples de cette figure.
8. Décrivez plus en détails le désespoir de Fantine. Quelle est la comparaison que l'auteur a créée pour faire voir son désespoir le plus sombre?
1. Aimer, adorer, affectionner, chérir; être attaché à... .
- avoir beaucoup d'affection et de tendresse ;
- avoir de l'amour, de la passion, de l'affection, de l'amitié, de la tendresse, de la sympathie pour qn;
- trouver bon au goût ;
- avoir de l'attachement, de l'intérêt;
- aimer avec passion ce qui nous est cher entre tout, ce que l'on admire;
- lié par un sentiment d'amitié, une habitude, un besoin, un goût.
Remplacez les points par le mot convenable. Justifiez votre choix:
1. Notre patrie est ce que nous devons ..... le plus. 2. Il ne suffit pas qu'un prince ...... son peuple, il faut qu'il le ..... . 3. Elle n'écoute que Chopin, elle l'..... . 4. Ce vieux soldat ...... bien son pays. 5. Je ...... toujours le souvenir de mes vacances passées. 6. Il ...... beaucoup les fruits de la mer. Je ...... les fraises. 7. Elle a ...... deux hommes dans sa vie. 8. C'est mon grand ami que je ...... infiniment. 9. Pendant les cinq dernières années elle a vécu avec l'homme qui la ...... épurdement, il la trouvait belle. 10. Parmi les matières d'école notre fils ...... le plus les maths. 11. Les enfants ...... leur précepteur, lui ne les ...... point. 12. Grâce à son bon caractère, ce camarade se fait ...... par tout le monde. 13. Je ...... cette maison qui me rappelle mon enfance. 14. Tu ...... ton proche et tu haïs ton ennemi. 15. Je ...... mon fils plus que ma vie. 16. Je ...... à ce pays. 17. La jeune fille lui en fut reconnaissante comme d'un bienfait, et désormais le ...... avec un dévouement bestial et une vénération religieuse. 18. Vous ...... le Seigneur, votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de toutes vos forces. 19. On est incurable quand on ...... sa souffrance. 20. Elle lui ...... .
1. Le chef de service a été obligé de donner à sa secrétaire son congé.
2. Pendant ce mois les médicaments ont vite vaincu cette maladie.
3. J'ai l'impression qu'il trompe tout le monde. Mais un de ses trucs sera découvert.
4. Il était semblant de l'ignorer.
5. Claudine avait pour son père une véritable adoration.
6. Elle était en colère quand son frère disait la vérité.
7. Votre échec m'attriste beaucoup.
8. Un sentiment d'injustice s'empara de moi: «Pourquoi cette femme généreuse devait toujours être assaillie de soucis?».
9. La jeune fille ne voulait pas se débarrasser du repos. Parfois qu'elle faisait ce travail, elle l'accomplissait avec déplaisir.
10. Son père avait raison. L'avenir de cet enfant paraissait bien sombre.
désespoir m ; chagrin m ; découragement m ; désolation f ; détresse f ; douleur f .
b) Comment appelez-vous l’état de l’homme qui:
– a perdu tout espoir;
– est en état de déplaisir causé par la séparation d'un être aimé;
– a reçu une triste nouvelle;
– ne peut pas aider son ami;
– éprouve le sentiment d'abandon causé par le besoin de l'argent;
– a perdu un être aimé.
c) Faites la traduction:
1. После неудачного начала он впал в уныние.
2. Издалека послышался сигнал бедствия.
3. В его речи чувствовался крик отчаяния.
4. Вся ее семья была подавлена горем.
5. В течение многих лет она была в отчаянии, она не верила в будущее.
6. Сожалею, но я ничем не могу вам помочь.
7. Его сын уехал, и он был этим страшно огорчен.
8. Не огорчайтесь, все будет хорошо!
IV. Dans les phrases suivantes remplacez les mots mis en relief par leurs antonymes:
1. Une grande chaleur régnait dans la ville.
2. Il fait un temps affreux.
3. Leur mariage me désole.
4. Elle a écrit cette lettre d'une manière agréable.
5. La haine l'a envahi tout entier.
6. Il a une manière bizarre de parler.
7. C'est un enfant farouche. Il ne sourit à personne.
– personne qui vit d'aumônes;
– tissu formé d'une manière textile;
– prix du transport d'une lettre, d'un colis;
– la partie inférieure du dos;
– grand respect fait d'admiration et d'affection;
– personne à qui on est dû de l'argent;
– procédé habile pour tromper;
– sentiment de répugnance et de lassitude.
b) Remplacez le tableau en répartissant les adjectifs ci-dessous en deux catégories, selon qu'ils sont synonymes ou antonymes de s o m b r e.