
40
2 •
La diversité biologique : un état des lieux
2.5.4 Une organisation écologique: les biomes
La distribution des espèces à la surface du globe n’est pas aléatoire
mais dépend des facteurs écologiques et des préférences ou des poten-
tialités des organismes. La combinaison des précipitations et de la
température permet de diviser le globe en grands domaines morpho-
climatiques. À une échelle très macroscopique on peut identifier quatre
zones écoclimatiques qui se retrouvent autour du globe: le tropical chaud
et humide, le tempéré humide, le polaire, et l’aride. À une échelle plus
fine, on peut observer que différentes régions du globe où les conditions
climatiques sont identiques sont occupées par des écosystèmes de
nature comparable. La végétation présente ainsi l’intérêt d’être un indi-
cateur assez fiable pour traduire à des échelles spatiales assez grandes
le jeu des divers facteurs tels que la géomorphogenèse et le climat. Les
limites des grandes formations végétales concrétisent ainsi des discon-
tinuités remarquables du milieu naturel. Ce sont les biomes qui sont des
macrosystèmes de dimension régionale, homogènes du point de vue
climatique (température et précipitations).
Le nombre de biomes identifiés dépend de la résolution souhaitée, et
l’on distingue de 10 à 100 biomes selon les auteurs. Dans la majorité
des cas, la physionomie de la végétation sert de base à la délimitation
des biomes: forêts (24% de la superficie), savanes (15%), prairies et
Figure 2.4 Richesse spécifique et surface du bassin hydrographique:
comparaison entre les rivières européennes et les rivières africaines.
3
2
1
2
3
4
5
log surface du bassin (km
2
)
log richesse spécifique
rivières africaines
rivières européennes
6
7

2.5
La distribution géographique de la diversité biologique
41
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
toundras (15%), etc. Il faut y ajouter les aires cultivées qui représentent
plus de 10% de la surface des terres émergées, ainsi que les déserts et
les étendues glacées (30%).
2.5.5 Une organisation taxinomique:
les régions biogéographiques
De nombreuses tentatives ont été réalisées pour diviser la surface de la
Terre en grandes régions biogéographiques. Il s’agissait de dégager
des modes d’organisation spatiale de la diversité biologique sur la base
de la distribution actuelle et des connaissances historiques concernant
la mise en place des flores et des faunes. De manière très schématique,
en milieu terrestre, on distingue six grandes régions qui correspondent
globalement aux principales plaques continentales, et dans lesquelles
flore et faune ont une histoire commune. Il y a trois grandes régions
«tropicales»: l’Afrotropicale (Afrique) la Néotropicale (Amérique du
Sud) et l’Indo-malaise ou Orientale qui hébergent plus des deux tiers
des espèces terrestres connues. Les régions Néarctique (Amérique du
Nord), Paléarctique (Eurasie) et Australienne (Australie) correspondent
aux zones tempérées à froides. On distingue en outre la région des îles
du Pacifique, et l’Antarctique (figure 2.5).
L’exercice de typologie qui consiste à identifier des zones biogéogra-
phiques ne se limite pas bien entendu aux six grandes zones ci-dessus.
Dans chacune d’entre elles on peut distinguer des sous ensembles, en
fonction du degré de précision que l’on recherche. Ainsi, l’Europe conti-
nentale a été découpée en 9 régions ou domaines biogéographiques.
La France est le seul pays d’Europe à posséder de vastes territoires
situés dans quatre domaines biogéographiques très différents: atlanti-
que, continental, alpin, méditerranéen. Cela explique la grande diver-
sité de vertébrés recensée dans l’hexagone. Il en est de même pour les
habitats naturels, des sapinières du haut Jura (climat presque boréal)
aux steppes de la Crau où vivent des espèces à affinités africaines. La
diversité écologique de la France lui a permis de surmonter les destruc-
tions de la faune et de la flore liées à la révolution industrielle ainsi
qu’aux transformations liées à l’agriculture: déforestation, drainage
des zones humides, suppression des haies, mises en culture, lutte
contre les «nuisibles», etc. Seul un petit nombre d’espèces a disparu
avant le
XX
e
siècle, mais le nombre d’espèces menacées a augmenté
avec l’intensification de l’anthropisation.

42
2 •
La diversité biologique : un état des lieux
Figure 2.5
Carte des grandes régions biogéographiques du monde.
AT: Afrotropicale; AU: Australienne; ANT: Antarctique; NA:
Néarctique; NT: Néotropicale; OL: Orientale;
PA: Paléarctique;
PAC: Îles du Pacifique.
PA
AU
AT
NA
NT
OL
PAC
PAC
ANT

2.5
La distribution géographique de la diversité biologique
43
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
2.5.6 Les «zones de grande diversité» ou hotspots
La conservation a un coût. Il vaut mieux investir là où l’on a le maximum
d’efficacité, c’est-à-dire le maximum d’espèces à protéger. C’est pour-
quoi certains scientifiques ont cherché à identifier des zones géogra-
phiques particulièrement riches en espèces ou en écosystèmes originaux.
Ils ont ainsi identifié des «hauts lieux» de la diversité biologique, des
zones qui bénéficient d’une concentration extraordinaire d’espèces,
tout en étant soumises à une perte accélérée d’habitats. Ce sont des
zones critiques en matière de conservation réparties sur l’ensemble du
globe et menacées de disparition. Les régions riches en espèces endé-
miques sont des régions où des espèces appartenant à un grand nombre
de groupes systématiques ont pu s’accumuler et survivre. Pour certains
ce sont les «zones refuges pléistocènes» dans lesquelles la diversité
biologique a trouvé refuge au cours des périodes de glaciations.
Une étude menée en 1988 par Norman Myers a montré que 44% de
toutes les plantes vasculaires (soit plus de 130 000 plantes) et 35% des
vertébrés à l’exception des poissons (soit 10 000 espèces environ) sont
confinés dans 25 «zones de grande diversité» couvrant seulement
1,4% de la surface des terres. La plupart de ces sites se situent en zone
tropicale, mais cinq sont dans le bassin méditerranéen (figure 2.6), et
neuf sont des îles dont Madagascar qui abrite plus de 11 000 plantes
supérieures avec un taux d’endémicité de 80%. À l’opposé, le nombre
d’espèces endémiques en Europe ne représente que de 2 à 6% des
espèces mondiales selon les groupes taxinomiques.
T
ABLEAU
2.4 C
OMPARAISON
DES
ESPÈCES
PRÉSENTES
EN
E
UROPE
PAR
RAPPORT
AU
MONDE
.
Espèces
connues
en Europe
Espèces connues
seulement
en Europe
Nb d’espèces
connues
dans le monde
Poissons d’eau douce
344
200
10 000
Reptiles
198
90
6 500
Amphibiens
75
56
4 000
Oiseaux nicheurs
520
30
9 700
Mammifère
270
78
4 327
Plantes vasculaires
125 000
3 500
270 000

44
2 •
La diversité biologique : un état des lieux
Figure 2.6
Les 25 régions qui témoignent à la fois d’une exceptionnelle diversité biologique
et qui sont menacées par les activités humaines.
Chili central
Californie
Caraïbes
Forêts
africaines
occidentales
Madagascar
Caucase
Équateur
Forêt
brésilienne atlantique
Andes
tropicales
Amérique centrale
Bassin
méditerranéen
Province du Cap
Inde,
Birmanie
Chine du sud
Forêt côtières
orientales
Karoo
Sud-Ouest australien
Nouvelle-Zélande
Nouvelle- Calédonie
Nouvelle- Guinée
Philippines
Micronésie Polynésie
Micronésie
Polynésie
Ghats occidentaux
et Sri Lanka
Cerrado brésilien