
4.2
L’homme et l’érosion de la diversité biologique
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temps nécessaire à l’évolution dépend des groupes considérés, mais en
réalité on ne connaît pas grand-chose concernant la vitesse de spéciation
pour la plupart des groupes.
De toute évidence, pour les micro-organismes, que l’on connaît encore
plus mal, la situation n’est pas comparable à celle des vertébrés. Ces
micro-organismes évoluent très vite et s’adaptent assez bien aux nouvelles
conditions créées par l’homme, comme peuvent en témoigner par
exemple les résistances aux antibiotiques, aux pesticides, etc. (voir
chapitre 3). On estime que la vitesse d’évolution de certains virus est
environ deux millions de fois plus rapide que celle d’un vertébré. Tout
porte à croire que l’action de l’homme, en réalité, tend à augmenter la
diversité microbienne.
Les villes et la diversité biologique
Les villes sont des créations humaines. Les grandes métropoles
occupent des zones importantes sur la planète où elles ont remplacé
de vastes territoires ruraux. Si la croissance de l’environnement
urbain est à l’origine de la disparition de nombreuses espèces, il
offre néanmoins de nouvelles opportunités de colonisation pour
certaines d’entre elles. La diversité des espèces pourrait même y
être plus importante que dans certains habitats ruraux soumis à une
agriculture intensive. Certes le fait que les villes se soient étendues
récemment, toutes proportions gardées, a laissé peu de temps aux
espèces pour évoluer. Mais en adaptant leur comportement, certains
colonisateurs ont pu exploiter au mieux les nouvelles conditions
qui leur sont offertes: présence de nombreuses structures verticales
propices à la colonisation par les plantes et les animaux, environ-
nement climatique plus tempéré, nouvelles sources de nourriture,
limitation des prédateurs, etc. Ainsi la population de renards dans
le centre de Londres avoisine probablement plusieurs milliers d’indi-
vidus. Les pigeons ramiers ont trouvé asile en ville où ils ne sont
pas chassés, et les tourterelles ont récemment conquis les grandes
métropoles à partir des années 1960 en entrant en concurrence
avec le pigeon commun et le pigeon des bois. Le transport inter-
continental d’espèces est à l’origine d’une diversification de la
diversité biologique urbaine: différentes espèces de perroquets ont
ainsi élu domicile dans les parcs des capitales européennes, ainsi
que divers invertébrés transportés dans les containers.

96
4 •
Dynamique de la diversité biologique et activités humaines
4.3
DYNAMIQUE DE LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE
ET PRESSIONS ANTHROPIQUES
La croissance de la population humaine et celle corrélative de la demande
en ressources naturelles d’une part, le développement d’activités indus-
trielles, agricoles ou commerciales d’autre part, transforment la
surface du globe, modifient les cycles biogéochimiques ainsi que la
composition de la biodiversité dans la plupart des écosystèmes terrestres
ou aquatiques. Ces impacts sont raisonnablement connus et quantifiés.
Mais ils créent en rétroaction des changements dans le fonctionnement
Figure 4.4 Modèle conceptuel illustrant les effets directs et indirects
sur la biosphère modifié d’après Lubchenko et al. (1991).
Mo
dification
des terres
déforestation,
pâturage,
intensification,
etc
Cycles
biogéochimiques
carbone,
azote, eau,
éléments chimiques
de synthèse,
autres...
Introductions
et extinctions
d'espèces
invasions
biologiques,
chasse, pêche,
cueillette
Changements
climatiques
effet de serre,
aérosols,
land cover
Perte de diversité
biologique
extinctions
de populations,
d'espèces;
perte d'écosystème
Population humaine
taille
utilisation des ressources
Activités humaines
agriculture
industrie
énergie
commerce

4.3
Dynamique de la diversité biologique et pressions anthropiques
97
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
de la biosphère conduisant aux évolutions climatiques et à la perte irré-
versible de composantes de la biodiversité (gènes, espèces, écosystèmes).
Cette influence de l’homme sur la biosphère se manifeste au niveau de
différents processus qui sont résumés figure 4.4.
L’expression «changements globaux» est souvent utilisée pour
qualifier tous ces phénomènes que l’on peut classer dans quatre grands
ensembles: (1) les changements dans l’utilisation des terres et la couver-
ture végétale; (2) les changements dans la composition de l’atmosphère;
(3) le changement du climat; (4) les altérations dans la composition des
communautés naturelles et la perte de la biodiversité. En réalité, sous
ce vocable on identifie à la fois les impacts du développement écono-
mique et de la croissance de la population mondiale sur les principaux
compartiments du système Terre – à savoir l’atmosphère, les sols et les
systèmes aquatiques – ainsi que les processus concernés par les échanges
de matière et d’énergie entre ces compartiments.
4.3.1 La pression démographique
Parmi tous les facteurs responsables de l’érosion de la diversité biolo-
gique, la pression démographique et des moyens techniques de plus en
plus puissants constituent les causes ultimes. Il faut en effet utiliser
des espaces plus importants pour héberger et nourrir une population
mondiale qui s’est fortement accrue: 2 milliards d’individus en 1930,
4 milliards en 1975, et 9 ou 10 milliards prévus vers 2050. Cette augmen-
tation de la population concerne toute la planète, mais plus particuliè-
rement les régions tropicales où la diversité biologique est plus grande
que dans les zones tempérées.
4.3.2 Utilisation des terres et transformation
des paysages
Pour la production de biens et services, l’homme modifie la structure
et le fonctionnement des écosystèmes. Les premières actions significa-
tives de l’homme sur son environnement ont été les brûlis destinés à
débusquer le gibier ou à défricher les terres. Les incendies favorisèrent
les espèces végétales résistantes au feu ainsi que le développement des
savanes et des prairies. Puis l’apparition de l’agriculture a enclenché un
processus de transformation des milieux où vont dominer des espèces
domestiques ainsi que des espèces opportunistes, adventices dans les
cultures et rudérales autour des habitats. Les haies vives permirent de

98
4 •
Dynamique de la diversité biologique et activités humaines
concilier l’enclosure du bétail et la préservation d’espèces arborées
utiles, ou de zones de culture. Ces espaces constituent l’essentiel des
paysages contemporains en Europe où la structure des peuplements
végétaux est largement dépendante de l’homme. Autrement dit, ce que
nous appelons «la Nature» est le résultat de milliers d’années d’utili-
sation des terres par les sociétés humaines qui ont façonné les paysages.
Selon l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, la plupart des
changements enregistrés au niveau des écosystèmes l’ont été en vue de
faire face à demande croissante en nourriture, eau, bois de construction,
fibre, et en énergie. Les systèmes agricoles (secteurs dont au moins 30%
du paysage est constitué de terres agricoles, de jachères, de production
animale ou d’aquaculture en eau douce) couvrent actuellement un quart
de la superficie des terres fermes sur l’ensemble du globe. Depuis
1980, environ 35% des mangroves ont été détruites ainsi que 20% des
récifs coralliens du monde. À l’échelle de la planète, les forêts cèdent
du terrain. La situation est particulièrement préoccupante pour les forêts
tropicales, mais commence à être sérieuse pour les forêts boréales et
tempérées. En France métropolitaine cependant, on assiste au phénomène
inverse: en l’espace de 40 ans, les espaces boisés sont passés de 11,3 à
15 millions d’hectares, de telle sorte que la forêt occupe aujourd’hui plus
du quart du territoire métropolitain. C’est en partie le résultat d’une
politique volontariste qui s’est traduite notamment par la création en
1966 de l’ONF (Office national des forêts) qui gère plus du quart du
territoire forestier national. Mais les chiffres globaux cachent en réalité
des modifications profondes:
• L’extension des surfaces boisées s’opère au détriment de l’activité
agricole et des paysages, en raison de la déprise agricole qui est un
lent mouvement d’abandon du territoire.
• La forêt dite linéaire, constituée par les arbres épars qui forment les
haies (acacias, frênes), les bosquets, les vergers (pommiers, poiriers,
mûriers, oliviers), les ripisylves (peupliers, aulnes), connaît un recul
spectaculaire lié au remembrement, à l’urbanisation, à la déprise
agricole. On estime qu’environ 100 millions d’arbres et 500 000 km
en linéaire de haies ont ainsi disparu au cours des trente dernières
années. Depuis le début du siècle, 3 millions d’hectares ont été
transformés et il ne resterait que 1,6 million de forêt linéaire.
• Les résineux qui ne représentaient que le quart de la surface boisée
au début du siècle ont gagné du terrain et représentent maintenant
plus du tiers. Pins, sapins, épicéas poussent plus rapidement que les

4.3
Dynamique de la diversité biologique et pressions anthropiques
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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
feuillus et sont donc d’un profit plus intéressant à court terme. Mais
les résineux accroissent l’acidité des sols, et fragilisent l’ensemble de
la forêt par leur sensibilité plus grande aux maladies et aux pollutions.
Un phénomène mal connu, car moins visible, mais dont on commence
à apprécier l’ampleur, concerne la diminution de la diversité biologique
des sols dont le rôle dans la production primaire et dans le recyclage de
la matière organique est fondamental. Un peu partout dans le monde,
le fonctionnement, la structure et les propriétés des sols sont en effet
modifiés par les activités humaines: pratiques agricoles, pollutions,
artificialisation due à l’urbanisation. Il en résulte en particulier:
• une recrudescence des phénomènes d’érosion dus pour partie à la
déforestation, au surpâturage, à l’intensification des cultures. La perte
annuelle en sols au niveau mondial serait de 5 à 7 millions d’hectares
par an;
• la salinisation qui est la conséquence de l’irrigation mal contrôlée,
surtout dans les régions arides ou semi-arides;
• le tassement qui résulte de l’utilisation de machines agricoles trop
lourdes ou mal adaptées, du piétinement trop important par les
animaux, des irrigations mal conduites, etc.;
• les traitements chimiques fongicides, insecticides, etc. sur les cultures
apportent de fortes pollutions en composés organiques toxiques ou
en métaux lourds (Cu, As, etc.).
L’appauvrissement de la diversité et de l’activité biologique des sols
ainsi que la diminution des taux de matière organique concerne prati-
quement tous les sols cultivés. C’est un élément important du phénomène
de désertification qui désigne la dégradation des terres dans les zones
arides et semi-arides sous l’effet conjugué des variations climatiques et
des activités humaines. Elle se manifeste à l’échelle humaine, par une
réduction de la couverture végétale (une terre est désertique quand il
ne reste plus que 10 à 15% de végétation sur le sol), ainsi qu’une dimi-
nution ou une destruction du potentiel biologique des terres et de leur
capacité à supporter les populations qui y vivent. La désertification
consiste en réalité en une perte progressive de la fertilité des sols.
Un phénomène général lié à l’utilisation des terres, est la perte et/ou
la fragmentation des habitats. Celle-ci peut avoir des conséquences
importantes sur la structure des communautés biologiques.