
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
C
hapitre
6
Dynamique
de la diversité biologique
et conséquences
en matière de santé
La diversité biologique n’a pas que des effets bénéfiques pour la société.
On oublie trop souvent que l’homme, au cours de son existence, a eu à
lutter contre une partie de la diversité biologique. Contrôle ou éradication
des espèces prédatrices, des nuisances, des espèces pathogènes pour
lui ou ses animaux domestiques, etc., demeurent une préoccupation
permanente. La lutte contre les pathogènes humains, ou ceux des
animaux domestiques et des espèces végétales cultivées, ainsi que le
contrôle de leurs vecteurs, mobilise actuellement des moyens considé-
rables. L’industrie pharmaceutique a largement investi ce domaine,
ainsi que l’industrie chimique, via la production de pesticides. Il en
résulte des effets collatéraux inévitables sur la diversité biologique.
Simultanément, les moyens de lutte contre les pathogènes et leurs
vecteurs se heurtent aux capacités d’adaptation de ces derniers. La
problématique centrale des programmes de lutte contre les maladies
parasitaires est ainsi de rechercher la meilleure adéquation possible
entre le contrôle d’une espèce cible (parasite ou vecteur) qui se défend

146
6 •
Dynamique de la diversité biologique et conséquences (santé)
le plus souvent par l’apparition d’une résistance aux produits chimiques,
et un impact le plus limité possible sur l’environnement.
6.1
LA COMPLEXITÉ DES RELATIONS
HÔTES-PARASITES
Toutes les espèces vivantes hébergent de nombreux parasites. L’homme,
produit de l’évolution comme les autres espèces vivantes, n’échappe
pas à cette règle. Il partage d’ailleurs certains pathogènes avec des
espèces domestiques ou sauvages. Ainsi, un peu plus de la moitié des
1 400 agents pathogènes humains sont d’origine animale.
Les mécanismes de transmission des maladies vectorielles constituent
de beaux exemples de biodiversité fonctionnelle, car ils mettent en jeu
trois types d’acteurs: un vecteur, un agent pathogène et un hôte. Dans
ce ménage à trois, chacun des acteurs réagit en permanence aux modi-
fications de son environnement, de manière à être le plus compétitif
possible. Question de survie! C’est ce que Claude Combe a appelé la
«course aux armements». Ce système biologique fait intervenir de
nombreux paramètres:
• la répartition, l’abondance, la dynamique, la structure génétique des
populations d’organismes vecteurs;
• la répartition, l’abondance, la dynamique des populations d’animaux
servant de réservoirs, qu’il s’agisse d’animaux sauvages ou domesti-
ques, ou de l’homme;
• l’agent infectieux lui-même, par la sélection génétique des populations
qui pourront s’avérer plus ou moins virulentes (par exemple le virus
de la grippe).
6.1.1 Le cas de l’Onchocercose humaine
Les recherches menées en Afrique de l’ouest sur l’onchocercose humaine
ont mis en évidence la nécessité d’une détermination précise des vecteurs
Un parasite ou un pathogène est un organisme qui vit sur, ou
dans un autre organisme, dont il tire une partie ou la totalité de ses
ressources, tout en lui causant différents degrés de dommage. Il vit
ainsi aux dépens de son hôte avec de graves conséquences sur la
biologie, l’écologie, ou la physiologie de cet hôte. C’est ce qu’on
appelle les maladies parasitaires ou infectieuses qui affectent tous
les organismes vivants.

6.1
La complexité des relations hôtes-parasites
147
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
et des souches infestantes du parasite (Onchocerca volvulus) pour
comprendre la dynamique de la transmission dans des zones très variées
sur le plan climatique et phytogéographique.
Le vecteur est une simulie (Diptère) identifiée à l’origine comme
une seule espèce: Simulium damnosum. On s’est aperçu depuis qu’il
s’agissait en réalité d’un complexe d’espèces jumelles, très proches
morphologiquement (et donc difficiles à distinguer), mais différentes
par la structure des chromosomes. Pour l’Afrique de l’ouest il existe
trois sous-ensembles (S. damnosum, S. sanctipauli et S. squamosum)
dont chacun renferme plusieurs «espèces». Sur le plan épidémiologique
ces différentes espèces (neuf au total) n’occupent pas les mêmes zones
phytogéographiques. Certaines sont typiques des zones de savanes,
alors que d’autres se rencontrent surtout en zone forestière. En outre,
ces différentes espèces n’ont pas les mêmes capacités de transmission
de l’onchocercose: les formes de forêt sont des vecteurs plus actifs du
parasite que celles de savane.
Plusieurs espèces de parasites existent également, et les simulies
peuvent être porteuses de microfilaires infectant des animaux, morpho-
logiquement proches du parasite humain (Onchocerca volvulus). À des
fins opérationnelles, afin de ne pas confondre microfilaires humaines
et microfilaires animales difficiles à identifier sur des bases morpholo-
giques, des sondes ADN ont été mises au point, permettant de différencier
O. volvulus des autres espèces. Enfin, pour la filaire O. volvulus elle-
même, on a mis en évidence des différences de pathogénicité entre les
souches de forêt et les souches de savanes.
6.1.2 Le cas du paludisme
Le paludisme est l’une des maladies les plus meurtrières de la planète:
chaque année il affecte des centaines de millions d’êtres humains et
fait plus de 2 millions de morts. L’agent pathogène est un protozoaire
du genre Plasmodium transmis par des moustiques du genre Anopheles,
et dont plusieurs espèces sont pathogènes pour l’homme. Dans les
années 1940, des insecticides (DDT) et des médicaments antipaludéens
(nivaquine), efficaces et bon marché, ont été mis au point. On pensait
alors juguler rapidement cette endémie. Il n’en est rien.
Une difficulté majeure dans la lutte contre le paludisme réside dans
la variété et la complexité du système de transmission de la maladie.
En Afrique, cinq espèces d’anophèles sont des vecteurs efficaces:
A. gambiae, A. arabiensis, A. funestus, A. nili et A. moucheti. Mais il
existe également 8 ou 9 autres espèces vectrices d’importance locale

148
6 •
Dynamique de la diversité biologique et conséquences (santé)
ou secondaire. Il en résulte que plusieurs agents sont susceptibles de
transmettre le paludisme au même endroit, parfois simultanément, parfois
à des saisons différentes.
En outre, il existe une grande variabilité intraspécifique pour chacune
des espèces. Ainsi, chez A. funestus, certaines populations sont essentiel-
lement anthropophiles, alors que d’autres sont en partie zoophiles, et
leurs potentiels de transmission du Plasmodium sont également diffé-
rents. En ce qui concerne A. gambiae qui est le vecteur principal du
paludisme, on sait maintenant qu’il s’agit d’un complexe de 6 espèces
jumelles. En outre il existe des espèces cryptiques et des «formes
cytologiques» dont la fréquence relative varie en fonction des condi-
tions écologiques et des saisons. La complexité des systèmes génétiques
d’A. gambiae est donc extraordinaire. Elle résulte probablement de la
capacité de cette espèce à s’adapter rapidement à des environnements
qui évoluent, ainsi qu’aux nouveaux habitats créés par l’homme. On
comprend ainsi les difficultés rencontrées pour contrôler le paludisme
car toutes les espèces ou «formes» n’ont pas toutes les mêmes carac-
téristiques biologiques et écologiques de telle sorte que les méthodes
de lutte doivent être diversifiées.
La complexité réside également dans la variabilité génétique du
parasite, Plasmodium falciparum, qui est capable de développer d’impor-
tantes variations antigéniques pour échapper à la réponse immunitaire
de l’hôte. L’homme se défend en effet en développant une immunité
partielle qui se renforce au cours de la vie à mesure que les contaminations
s’accumulent. Sans compter que les parasites deviennent actuellement
résistants aux produits antipaludéens. La résistance à la nivaquine a été
détectée dans les années 1950 et s’est répandue à travers le monde,
augmentant ainsi la morbidité due au paludisme. Depuis, des résistances
à d’autres antipaludéens sont apparues, obligeant à une recherche
permanente de nouveaux produits.
6.2
LES PATHOLOGIES ÉMERGENTES
Les infections virales et bactériennes ont longtemps constitué la prin-
cipale cause de mortalité humaine. La pandémie de grippe qui a sévi
entre 1918 et 1919 (la grippe espagnole) a tué entre 20 et 40 millions de
personnes, plus que la Première Guerre mondiale. Ce fut probablement
l’une des plus grandes catastrophes naturelles ayant frappé l’humanité.
Elle a été précédée depuis le début de l’ère chrétienne par de grandes

6.2
Les pathologies émergentes
149
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
épidémies de peste, maladie animale transmise à l’homme par des
piqûres de puces de rongeurs infectés.
Avec les progrès de l’hygiène et les vaccinations, ce type de mortalité
a régressé de manière considérable. On espérait même que la question
des maladies infectieuses était résolue. Pourtant, les maladies anciennes
réapparaissent et gagnent de nouvelles zones, souvent en raison de
l’apparition d’une résistance du pathogène aux traitements thérapeutiques.
Ainsi, l’apparition de formes résistantes et la progression de l’urbani-
sation ont favorisé le retour de la tuberculose qui a tué 1,7 million de
personnes en 2004. C’est le cas également pour le paludisme, la fièvre
jaune ou le choléra.
En plus des maladies infectieuses anciennes, qui restent une cause de
mortalité non négligeable, des affections nouvelles, jamais décrites aupa-
ravant, apparaissent partout dans le monde et font de très nombreuses
victimes. Ces maladies nouvelles sont appelées maladies émergentes.
Une trentaine d’entre elles ont été identifiées depuis le début des
années 1970.
Les animaux jouent un rôle majeur dans l’origine, ou comme vecteur
ou réservoir, dans une majorité des maladies virales émergentes. Depuis
quelques dizaines d’années, les responsables de la santé ont été confrontés
à l’apparition de fièvres virales hémorragiques (fièvre d’Argentine,
fièvre du Vénézuéla en Amérique du Sud, fièvre de Lassa en Afrique),
à l’identification de pathologies associées à des germes jamais décrits
(polyarthrite de la maladie de Lyme, fièvre hémorragique de Malburg).
Un exemple de maladie émergente récente est le syndrome respiratoire
aigu sévère (SRAS) dont l’agent infectieux est un virus de la famille
des Cornavirus, connu pour ses mutations fréquentes, qui a été trans-
mis à l’homme par des civettes. L’épidémie apparue au cours de l’hiver
2002-2003 en Asie a provoqué des centaines de décès. Son expansion
a été maîtrisée en raison d’une mobilisation sans précédent de tous les
systèmes sanitaires de la planète.
Une maladie émergente est une maladie dont l’incidence réelle
augmente de manière significative, dans une population donnée,
d’une région donnée, par rapport à la situation habituelle de cette
maladie. Le concept s’applique à une grande variété de maladies
infectieuses, associées ou non à des germes nouveaux. Elles peuvent
être d’origine virale, bactérienne ou parasitaire.