Материал: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008

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Pourquoi s’intéresser à la diversité biologique ?

méthodologiques nous permettant d’avoir accès au monde de l’infini-
ment petit, ainsi qu’aux mécanismes moléculaires impliqués dans la
diversification du vivant. Nous entrons dans une nouvelle étape de la
compréhension du vivant avec en perspective l’accès aux organismes
infiniment petits: un nouveau monde à explorer.

Les recherches sur la dynamique présente et passée de la biodiversité

nous conduisent également à une remise en perspective de l’écologie
longtemps basée sur des principes d’équilibre. La diversité biologique,

Diversité biologique,

biodiversité, biocomplexité

L’usage inconsidéré du mot biodiversité risque de susciter un désin-
térêt, voire une désaffection pour ce terme. Nous proposons donc
de l’utiliser plus spécifiquement pour parler des questions relatives
aux interactions homme/Nature. Historiquement, le terme biodiver-
sité s’applique à l’érosion du monde vivant résultant des activités
humaines, ainsi qu’aux activités de protection et de conservation,
qu’elles se manifestent par la création d’aires protégées ou par des
modifications des comportements en matière de développement
(concept de développement durable).

En ce qui concerne l’ensemble des activités qui relèvent traditionnel-
lement de l’inventaire et de la connaissance du monde vivant, le
terme diversité biologique est parfaitement adapté et c’est celui
qui sera privilégié ici.

Un autre terme, celui de biocomplexité, cherche à s’imposer dans
la mouvance de la biodiversité. La complexité biologique résulte
des interactions fonctionnelles entre les entités biologiques, à tous
les niveaux d’organisation, et l’environnement biologique, chimique,
physique et humain à tous les niveaux d’agrégation, l’homme y
compris. La biocomplexité concerne tous les types d’organismes,
des microbes aux humains, tous les milieux qui vont des régions
polaires aux forêts tempérées et aux zones agricoles, et tous les
usages qu’en font les sociétés. Elle est caractérisée par une dyna-
mique  non linéaire et chaotique, des interactions à différentes
échelles spatio-temporelles, une appréhension du système vivant dans
son ensemble et non pas morceaux par morceaux, une intégration
étroite du social et de l’économique.

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Les multiples visages de la biodiversité

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on ne le soulignera jamais assez, est le produit du changement. C’est la
variabilité des facteurs de l’environnement qui explique la diversification
des espèces. C’est l’hétérogénéité des habitats qui favorise la richesse
spécifique. Mais, inversement, le monde vivant est aussi capable d’agir
sur son environnement physico-chimique en le modifiant.

1.2.2 La biodiversité en tant que ressource alimentaire

Toute notre alimentation est issue de la biodiversité. De l’époque où
l’homme vivait de chasse et de cueillette, il reste encore l’exploitation des
ressources vivantes marines. La pêche, cette dernière grande entreprise
de cueillette, est pourtant menacée actuellement par la surexploitation
des stocks.

Mais c’est dans le domaine de la domestication des plantes et des

animaux que le génie humain a donné toute sa dimension. L’agriculture
et l’aquaculture sont aussi à l’origine des plus grands bouleversements
de la biodiversité. On a diffusé de par le monde un ensemble d’espèces
qui constituent, à des degrés divers, la base de notre alimentation. Cette
mondialisation, qui a débuté dès les débuts de l’agriculture, a profité à
tous les continents et a concerné beaucoup d’autres espèces.

Tout naturellement, ces espèces introduites ont donné naissance à

nombre de races ou de variétés adaptées aux contextes locaux. L’homme
en a créé des centaines, voire des milliers, et elles aussi sont en danger.
Car l’agriculture moderne qui a été mise en place après la seconde
guerre mondiale (la Révolution verte) n’utilise que quelques variétés
sélectionnées à haut rendement, marginalisant ainsi les races locales. On
redécouvre leur intérêt patrimonial alors que beaucoup d’entre elles
ont disparu.

1.2.3 La biodiversité marchande

Les problèmes liés à la marchandisation de la biodiversité, notamment
les gènes et les molécules utilisées par les biotechnologies, constituent
de nouveaux centres d’intérêt. Lors de la discussion de la CDB, les
pays partenaires ont bien perçu que l’intérêt des industriels pour la
diversité biologique constitue potentiellement une source de revenus.
Lors de la Conférence de Rio en 1992, la discussion s’est ainsi polarisée
sur les enjeux économiques de la mise en valeur des ressources généti-
ques. L’article premier de la CDB met d’ailleurs l’accent sur «le partage
juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources
génétiques, notamment grâce à un accès satisfaisant à ces ressources,
et à un transfert approprié des techniques pertinentes, compte tenu de

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Pourquoi s’intéresser à la diversité biologique ?

tous les droits sur ces ressources et aux techniques, et grâce à un
financement adéquat». 
La diversité biologique est maintenant consi-
dérée comme une matière première qui intervient dans divers processus
de production (pharmacie, cosmétiques, agroalimentaire, etc.). Elle appa-
raît ainsi comme un capital naturel soumis à une régulation marchande,
source potentielle de profits importants pour les pays détenteurs des
ressources génétiques. C’est ce qui a pu faire croire aux pays du sud
que leur biodiversité était «l’or vert».

Très vite les pays vont s’affronter sur ce terrain. Les ressources se

trouvent en effet, pour l’essentiel, dans les pays du Sud, alors que les
utilisateurs, qui sont les industriels des biotechnologies, sont le plus
souvent représentés par des multinationales du Nord. Les pays du Sud
ne veulent plus admettre l’appropriation de leurs ressources sans contre-
partie financière, et ils dénoncent les pratiques de la «biopiraterie».

En affirmant la souveraineté des États sur leur diversité biologique,

la convention entérine le droit de propriété sur le vivant et ouvre la voie
à la reconnaissance des brevets et à l’élaboration des licences d’exploi-
tation. On a pu dire qu’à Rio le droit des brevets est sorti vainqueur du
droit de l’environnement. C’est un changement radical par rapport à
l’attitude qui avait prévalu depuis le début du 

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 siècle considérant la

biodiversité comme un patrimoine commun de l’humanité: chacun
pouvait en faire usage à sa guise, utiliser sa position sociale ou son
pouvoir économique pour exploiter le vivant, et s’en approprier certaines
formes dérivées, comme les procédés et produits de sa transformation.

1.2.4 Les biotechnologies

De nos jours, les biotechnologies apparaissent comme des technologies
de pointe exploitant des processus cellulaires ou moléculaires pour
créer des produits et des services. La transgénèse consiste à transférer
une partie du patrimoine génétique d’un organisme à un organisme d’une
espèce différente. Le caractère universel du code génétique facilite de
tels transferts. En d’autres termes, l’homme peut maintenant envisager
de «diriger» l’évolution en créant de nouveaux organismes vivants.
Mais l’utilisation qui est faite des organismes génétiquement modifiés
(OGM) suscite de vifs débats dans la société. Dans le domaine médical,
le vivant est en passe également de devenir la matière première privilégiée
avec les récentes découvertes concernant les cellules-souches embryon-
naires humaines.

Les biotechnologies nous sont également présentées comme des

sources majeures d’innovations dans beaucoup d’autres secteurs: la

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Les multiples visages de la biodiversité

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lutte contre la pollution, la production d’énergie ou la fabrication de
textiles. La microbiologie industrielle utilise les capacités enzymatiques
et métaboliques des micro-organismes pour la fermentation de matières
premières agricoles et la fabrication d’aliments (œnologie, brasserie,
fromagerie, etc.).

1.2.5 La biodiversité à protéger

Depuis longtemps les hommes se sont préoccupés de la disparition ou
de la quasi-disparition d’espèces: celles de l’auroch et du bison en
Europe, du dodo de l’île Maurice, du grand pingouin de l’Arctique, et
du pigeon migrateur américain. Tous ces exemples qui concernent des
espèces souvent emblématiques, sont le résultat en grande partie d’une
chasse trop intensive. Mais avec les progrès technologiques et la
nécessité de conquérir de nouveaux espaces pour satisfaire les besoins
d’une population en forte croissance, l’homme agit maintenant avec
une ampleur sans précédent sur les milieux naturels et la diversité du
monde vivant. Des milieux naturels disparaissent, des espèces sont
menacées de surexploitation. À la fin des années 1970, des naturalistes
ont ainsi attiré l’attention sur la destruction rapide de certains milieux
tels que les forêts tropicales. De manière plus radicale, le zoologiste
américain E.O. Wilson affirme que l’homme est la cause d’une extinc-
tion équivalente aux grandes extinctions du passé. D’autres n’hésitent
pas à prophétiser la disparition de la vie sur Terre, et de l’homme avec
elle, si l’on ne fait rien pour inverser la tendance. Dans ce contexte, il
s’agit de rechercher des stratégies de conservation afin de préserver un
patrimoine naturel qui constitue un héritage pour les générations futures.

De fait, même si le problème du partage des bénéfices tirés de

l’exploitation des ressources biologiques retient l’attention, plus que la
protection des forêts tropicale, la CDB apparaît comme le premier accord
international à proposer une approche intégrée de la conservation et de
l’exploitation durable des ressources biologiques.

1.2.6 La biodiversité dont on ne veut pas

Le discours sur la biodiversité tenu par les ONG et les médias – et
auquel souscrit une partie de la communauté scientifique – ne parle
que des aspects patrimoniaux de la biodiversité, et des moyens de la
préserver. Ils marginalisent plus ou moins délibérément le fait que
l’homme, depuis ses origines, a eu à lutter contre une partie de la
biodiversité pour assurer sa survie. Maladies parasitaires, microbiennes

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Pourquoi s’intéresser à la diversité biologique ?

ou virales, affectant l’homme, ses plantes cultivées et ses animaux domes-
tiques,  espèces prédatrices ou dangereuses, phobies, etc., sont autant
de raison de chercher à contrôler, voire à éradiquer, certaines espèces.
N’a-t-on pas qualifié le moustique de «serial-killer». Dans ce domaine
la littérature reste souvent muette, les conservationnistes écartant déli-
bérément cette question de leurs discours, et le monde médical ou
vétérinaire, ignorant le plus souvent la thématique biodiversité. Or, dans
le domaine de la santé, on trouve d’excellents modèles illustrant les
capacités d’adaptation de la biodiversité aux nouvelles conditions créées
par les comportements et habitats humains, ainsi qu’aux moyens de
lutte qui ont été développés contre les pathogènes.

La lutte contre les pathogènes et leurs vecteurs, ou contre les nuisances

d’origine animale ou végétale, mobilise des moyens considérables. On
imagine mal interrompre les opérations de lutte et de contrôle. Comment
concilier ces activités avec la conservation de l’autre partie de la biodi-
versité? Et, surtout, comment concilier les actions de conservation avec
la protection de la santé humaine?

1.2.7 Biodiversité et société

Le préambule de la CDB mentionne la responsabilité des hommes dans
l’appauvrissement de la diversité biologique mais reconnaît que le
développement économique et social est une priorité pour les pays en
développement et que les États ont des droits souverains sur l’utilisation
et la conservation de leurs ressources biologiques. Cette Convention est
en réalité un compromis politique entre diverses communautés d’intérêt.

Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas de mesure en matière de

conservation qui ne soit voulue et acceptée par la société. L’usage
comme la conservation de la diversité biologique sont à l’origine de
conflits d’intérêts dont la résolution dépend de choix en matière de
développement économique et d’utilisation des ressources biologiques,
mais aussi de systèmes de valeurs inhérents aux sociétés et dans lesquels
la diversité biologique occupe ou non une place.

Les motivations peuvent relever d’une démarche éthique qu’elle soit

ou non d’inspiration religieuse: nous ne devons pas détruire ce que la
Nature a mis si longtemps à créer. Dans ce contexte, la conservation va
de soi. Dans d’autres cas, on cherche à protéger une ressource. C’est
l’objectif par exemple de certaines aires marines protégées qui sont
mises en place pour protéger les stocks de poissons. Ou bien encore, on
peut chercher à protéger des espèces et des écosystèmes dans une pers-
pective économique: écotourisme, ressources biologiques, etc. Certains

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