Материал: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008

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La conservation de la diversité biologique

Depuis les années 1980, l’attention est focalisée sur la valeur économi-

que de la diversité biologique tant au niveau des ressources génétiques
pour l’agriculture, que des utilisations dans le domaine industriel
(nouvelles molécules pour l’industrie pharmaceutique, biotechnologies,
etc.). Dans ce contexte la diversité biologique est apparue comme une
source potentielle de revenus, notamment pour les pays en dévelop-
pement, ce qui justifie in fine que l’on s’intéresse à sa conservation. Si
nous ne prenons pas les mesures nécessaires, nous perdrons l’opportunité
de tirer profit des avantages potentiels que la diversité biologique offre
à l’humanité.

Enfin, on reconnaît maintenant que la diversité biologique joue un

rôle dans les grands équilibres de la biosphère. De manière générale,
elle participe au cycle de l’eau et aux grands cycles géochimiques dont
ceux du carbone et de l’oxygène. Elle contribue ainsi à la régulation de
la composition physico-chimique de l’atmosphère et influe sur les grands
équilibres climatiques, et donc sur les conditions de la vie sur Terre.
Toutes ces fonctions écologiques sont le produit de relations complexes
entre espèces vivantes.

La conservation de la diversité biologique s’articule ainsi autour de

deux traditions bien distinctes qui tendent néanmoins à converger.

La gestion des ressources qui reconnaît implicitement que la protection

des espèces «utiles» est nécessaire au développement économique.
Ainsi, la diversité biologique, qui a une valeur économique est une
richesse à exploiter et valoriser. Elle constitue la base de l’alimentation
humaine. Elle fournit des matières premières pour l’industrie agro-
alimentaire, l’industrie pharmaceutique et des parfums, etc. Actuellement
elle offre d’importantes perspectives de valorisation dans le domaine
des biotechnologies, notamment grâce aux micro-organismes qui
constituent un monde encore peu exploré. Il faut ajouter les retombées
du tourisme vert lié à l’intérêt du citadin pour la Nature et l’observation
d’espèces sauvages dans leur milieu une perception éthique de la
Nature
 pour laquelle toute perte d’espèce est regrettable, et qui prône
une protection maximale de la diversité biologique. La Conférence de
Rio et les débats suscités autour de la Conservation de la diversité
biologique ont bien mis en évidence que cette question avait une
dimension morale. Elle prolonge le débat philosophique sur les relations
que l’homme entretient avec la Nature. La disparition des espèces pose
à l’homme le problème moral fondamental de son rapport avec les autres
formes de vie et de sa responsabilité dans le maintien de la diversité
des formes vivantes (voir encadré).

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Approches de la conservation

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

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APPROCHES DE LA CONSERVATION

La mise en œuvre opérationnelle de la conservation a suscité de nombreux
débats, souvent passionnés, quant aux modes d’action les plus appro-
priés. Une seule conclusion s’impose: il n’y a pas de solution simple
et universelle. On agit le plus souvent dans l’urgence et rien n’est
jamais entièrement satisfaisant sur le long terme.

9.2.1 Conservation in situ et ex situ

L’une des pratiques habituelles est la conservation in situ qui consiste
à maintenir les organismes vivants dans leur milieu naturel. Pour la
conservation d’espèces individuelles, les approches efficaces comprennent

Le principe de responsabilité

Les sociétés occidentales ont longtemps ignoré l’éthique en matière
d’environnement. C’est aux alentours des années 1980 que l’on a
commencé à admettre la dimension éthique de notre rapport à la
Nature. De manière schématique, l’homme est actuellement en
mesure de compromettre l’avenir de la Terre en raison de son emprise
technique sur la Nature. Les progrès scientifiques et techniques
peuvent se révéler dangereux en portant atteinte aux grands équi-
libres de la biosphère et compromettre la qualité de la vie humaine,
voire la survie des générations futures. On ne peut corriger la
technique par la technique. Il faut chercher des solutions hors de
la rationalité scientifique, et faire appel à une éthique, c’est-à-dire à
une théorie générale des normes, politiques, morales ou juridiques,
qui peuvent guider notre action.

À défaut de sciences, l’éthique intervient: c’est ce que Jonas
appelle «l’heuristique de la peur». La menace nous révèle que la
survie de l’humanité est en jeu, et nous sommes dans l’obligation
de la protéger en anticipant la catastrophe par des mesures appro-
priées. En conséquence, l’homme devient responsable de son
avenir (principe de responsabilité) et il se trouve investi d’une
mission de sauvegarde. Il a la responsabilité, devant les générations
futures, de leur transmettre un patrimoine commun et, en particulier,
un accès aux ressources naturelles suffisant pour leur permettre de
mener eux aussi une existence correcte.

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La conservation de la diversité biologique

la protection légale des espèces menacées, l’amélioration des plans de
gestion et l’établissement de réserves pour protéger des espèces parti-
culières ou des ressources génétiques uniques. Ce type de conservation
permet aux communautés animales et végétales de poursuivre leur
évolution en s’adaptant aux changements de l’environnement, et
concerne un grand nombre d’espèces sans nécessité d’en faire l’inven-
taire préalable. Cependant, la conservation in situ n’est pas toujours
possible car de nombreux habitats sont déjà très perturbés, et certains
ont même disparu. On a alors recours à la conservation ex situ qui
consiste à préserver les espèces en dehors de leur habitat naturel. C’est
l’un des rôles dévolus aux jardins botaniques et zoologiques, mais on
fait également appel à d’autres méthodes comme les banques de gènes.

9.2.2 Conserver les espèces ou les écosystèmes?

Depuis que l’homme s’intéresse à la Nature, il s’est tourné vers les
espèces, plus faciles à étudier de manière générale que les écosystèmes.
Il les a inventoriées. Il a dressé des listes d’espèces disparues, en voie
d’extinction, ou à protéger. Certaines d’entre elles ont un fort pouvoir
symbolique et charismatique. Le panda par exemple est l’emblème
d’une ONG (le Fonds mondial pour la Nature ou WWF), le macareux
celui de la LPO (Ligue de protection des oiseaux), et la loutre a long-
temps été le symbole de la conservation de la Nature pour le Conseil de
l’Europe. On peut dire de manière générale que l’approche «espèces»
est bien ancrée dans le monde de la protection de la Nature. Mais les
idées en la matière ont évolué. Pour beaucoup, une politique de
conservation de la diversité biologique doit avant tout privilégier la
sauvegarde des écosystèmes car la protection des espèces est illusoire
si l’on ne protège pas simultanément leurs habitats naturels. C’est
d’ailleurs la conservation des écosystèmes qui est recommandée par la
Convention sur la diversité biologique. Elle est mise en œuvre à travers
les politiques de zones protégées ou de gestion durable. Le but ultime
est d’assurer le maintien de la diversité des écosystèmes ainsi que celle
de leurs composantes. La directive européenne «Habitat» qui doit
aboutir au réseau Natura 2000 (voir plus loin) répond à ces priorités.

9.2.3 Quelles priorités en matière de conservation?

Pourrait-on proposer de mettre toute la biosphère en réserve? Cette
suggestion n’est pas réaliste car les activités humaines impliquent à la
fois des comportements prédateurs et l’occupation de terres à des fins
agricoles et/ou urbaines. La logique voudrait donc que l’on recherche

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Approches de la conservation

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des compromis, comme le propose le concept de développement durable,
entre un progrès économique nécessaire au bien-être de l’humanité par
nature conquérante, et une diversité biologique qui a besoin d’espaces
de liberté. En pratique, cela demande des décisions politiques: quels
types d’écosystèmes faut-il protéger en priorité? Comment doivent-ils
être répartis? Quels sont les critères qui doivent nous aider à sélectionner
les aires ou les espèces à protéger?

Différentes propositions ont été faites en matière de priorité:

• Protéger les espèces menacées. C’est une extension de l’approche

«espèces» qui trouve des applications, par exemple, dans la protection
du panda, des gorilles, et de manière générale de la grande faune
africaine par exemple.

• Protéger en priorité les lignées évolutives qui sont menacées de

disparition à la surface de la Terre. Ainsi, pourrait-on protéger les
habitats du Cœlacanthe, un poisson qui est le dernier survivant connu
de la famille des Crossoptérygiens. L’objectif est ici de préserver les
options futures en protégeant tous les grands phylums connus actuel-
lement.

• Une démarche assez populaire est celle dite des «hotspots» ou

zones critiques (voir chapitre 2, figure 2.6). Pour certains, l’identifi-
cation de ces zones critiques où la diversité biologique, fortement
endémique, est également menacée, est un moyen de sélectionner
les zones prioritaires de conservation. On a calculé qu’en dépensant
20 millions de dollars en moyenne par zone critique sur les 5 prochaines
années, on pourrait conserver une forte proportion de l’ensemble des
espèces mondiales. Ces zones critiques ont, pour beaucoup, fonctionné
comme des zones refuges durant les glaciations de l’époque Pléisto-
cène. On peut faire l’hypothèse qu’elles pourraient servir également
de sanctuaires par rapport aux activités humaines, actuelles et à venir,
permettant ainsi à la faune et à la flore de passer un cap. C’est pour-
quoi on les appelle parfois «refuges Holocène».

Il ne faut cependant pas occulter le fait que nombre de ces hotspots

se trouvent dans des pays où les conditions économiques sont difficiles
et ne permettent pas de véritables politiques de conservation, alors
qu’une grande partie du milieu originel a déjà été détruite. C’est le cas
par exemple de Sri Lanka, de Madagascar, ou de la forêt atlantique du
Brésil. Il ne faudrait surtout pas profiter du fait que ces pays sont vulné-
rables sur le plan économique pour en faire des «réserves indiennes»,
à grands coups de dollars, sous le contrôle d’une police internationale
composée pour l’essentiel de représentants des pays riches…

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La conservation de la diversité biologique

9.2.4 Si on parlait d’argent?

La conservation a un prix. La création d’espaces protégés doit théori-
quement se faire dans les zones riches en diversité biologique, c’est-à-
dire dans les pays en développement qui ont le plus souvent d’autres
priorités économiques que de consacrer leurs faibles ressources à la
conservation des espèces et des écosystèmes. Dans le même temps, les
pays développés demandent le libre accès aux ressources naturelles
exploitables par les biotechnologies. Un conflit économique oppose ainsi
les détenteurs d’une richesse potentielle non valorisée économiquement
et les utilisateurs industriels qui ont bénéficié jusqu’alors de facilités,
dont des accès gratuits aux ressources génétiques. Ce conflit Nord-Sud
est clairement apparu lors de l’élaboration de la Convention sur la
diversité biologique.

En théorie, cette convention prévoit le transfert des ressources finan-

cières et de technologies de pays développés aux pays en développement.
C’est le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) qui gère ce méca-
nisme de financement de la Convention. Depuis sa création en 1991, le
FEM a consacré quelques milliards de dollars aux activités relatives à
la protection de la diversité biologique. Ces sommes peuvent paraître
considérables. Elles sont en réalité dérisoires par rapport aux évaluations
faites à Rio sur les besoins d’investissements annuels: 125 milliards
de dollars par an…

9.3

LES AIRES PROTÉGÉES

Le terme générique «aires protégées» recouvre en réalité des situations
très différentes, allant de grandes réserves de faune et de flore à de petits
sites dévolus à la conservation d’espèces particulières. Il peut s’agir de
réserves intégrales où l’intervention humaine est exclue, ou de zones
habitées dans lesquelles la protection de la flore et de la faune est assurée
par l’implication des populations locales dans la gestion du milieu
et des espèces. À l’heure actuelle on estime qu’il y aurait plus de
100 000 sites protégés dans le monde. Cependant, leur nombre s’accroît
plus vite que les ressources financières et humaines nécessaires à une
gestion optimale de ces zones visant à assurer la protection des espèces
tout en répondant aux besoins des populations locales.

9.3.1 Des parcs nationaux contre les méfaits de l’homme

À la fin du 

XIX

e

 siècle on pensait que la conservation et l’exploitation

des milieux naturels étaient deux activités incompatibles. Il fallait

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