
8.4
Les usages de la diversité biologique
205
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Les processus d’alimentation et de respiration de la plante nettoient petit
à petit le sol et peuvent réduire la pollution jusqu’à 2% de son niveau
d’origine.
8.4.5 Animaux et plantes d’ornements
La diversité biologique est depuis longtemps un objet de récréation et
de loisir. L’industrie des plantes ornementales est particulièrement
florissante, et de nombreuses espèces tropicales ont été introduites en
Europe pour satisfaire la demande des collectionneurs ou la curiosité
de particuliers. Le nombre d’espèces végétales cultivées à des fins
ornementales est beaucoup plus élevé que celui des plantes à usage
agricoles. Ces plantes font l’objet d’innovations permanentes et de
nouvelles espèces, issues de formes sauvages ou d’hybridations, sont
régulièrement commercialisées.
Elles font également l’objet de nombreuses manipulations génétiques
pour fournir des souches plus attractives, aux fleurs plus belles ou plus
grandes. On annonce l’apparition prochaine sur le marché de la rose
bleue. Un gène responsable de la couleur bleu identifié chez le pétunia
a été transféré chez la rose pour produire la teinte souhaitée. À quand
la mythique tulipe noire dont rêvent les horticulteurs depuis des siècles!
Plus de 5 000 espèces d’orchidées font l’objet d’un commerce inter-
national, de même que de très nombreuses espèces de cactus. Si nombre
de ces espèces sont maintenant cultivées, une proportion importante
est encore prélevée en milieu naturel ce qui peut conduire localement à
leur extinction.
Le commerce d’animaux vivants est important, que ce soit comme
animaux d’agrément, ou pour les zoos, les aquariums, les travaux de
recherche (primates), etc. Les poissons d’aquarium font également
l’objet d’une forte demande d’amateurs européens ou nord-américains
qui paient parfois des sommes très importantes pour des espèces rares.
Sous le vocable NAC (nouveaux animaux de compagnie) se cache un
engouement pour les animaux de compagnie rares ou étranges: mygales,
serpents, guépards, singes, etc.
Certains produits comme l’ivoire, les écailles de tortue, les peaux de
serpent ou de crocodile, les fourrures de nombreuses espèces de mammi-
fères, les plumes d’oiseaux, etc., ont des usages symboliques, culturels,
décoratifs ou vestimentaires. Ces produits, dont le commerce a été à
l’origine de massacres importants mettant en danger la survie de
plusieurs espèces particulièrement recherchées, font l’objet d’un contrôle
de plus en plus strict. Il en est de même pour ce qui est du marché
engendré par les collectionneurs d’insectes ou de coquillages, qui

206
8 •
La Nature « utile » : valeurs et usages de la diversité biologique
recherchent les espèces spectaculaires, le plus souvent menacées de
disparition si l’exploitation est trop importante.
8.4.6 Écotourisme
L’écotourisme est devenu une nouvelle industrie. La valorisation de la
biodiversité, que ce soit par l’observation d’animaux sauvages ou l’attrait
exercé par de beaux paysages naturels, est une source de revenus
particulièrement importante pour certains pays. Ils ont développé une
politique de tourisme basée sur la valorisation de leur patrimoine naturel.
Le Kenya en est un bon exemple. Les parcs naturels, le trekking, attirent
dans certains cas un nombre suffisamment important de visiteurs pour que
l’on commence à s’inquiéter des conséquences de cette fréquentation
sur la pérennité des sites. Le tourisme est donc également responsable
de problèmes écologiques partout dans le monde et les citadins
«écologistes» sont eux-mêmes une menace pour la biodiversité.

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C
hapitre
9
La conservation
de la diversité biologique
Si le Dieu chrétien n’existe pas, il est injustifié de
se comporter comme s’Il existait quand même, en
maintenant le statut particulier des êtres humains.
Michael Ruse, 2007.
La conservation de la diversité biologique, son utilisation durable et
le partage équitable des avantages qui en découlent, constituent les
objectifs fondamentaux de la Convention sur la diversité biologique
(CDB). Le raisonnement qui a conduit à l’élaboration et à la ratification
de cette Convention par la plupart des pays est relativement simple:
les effets directs (surexploitation, destruction des habitats, etc.) ou
indirects des activités humaines sur les espaces naturels remettent en
question, à moyen terme, l’avenir de la diversité biologique, le renouvel-
lement des ressources, et plus généralement les conditions de la vie sur

208
9 •
La conservation de la diversité biologique
Terre. Il est donc nécessaire de prendre rapidement des mesures. Les
objectifs affichés sont à la fois très ambitieux et très vagues: favoriser
le développement durable en protégeant et en utilisant les ressources
biologiques sans réduire pour autant la diversité des espèces ni détruire
les habitats et les écosystèmes importants. La Convention se contente
de donner des directives générales, laissant à chaque pays le soin de
prendre les mesures appropriées en fonction du contexte géographique
et social. Il en résulte une assez grande hétérogénéité des démarches,
et quelques difficultés pour élaborer des politiques nationales surtout
lorsque la compétition économique internationale exerce de fortes
contraintes.
Une évidence s’impose: si ce sont les activités humaines qui sont les
causes immédiates de l’érosion de la diversité biologique, il faut
rechercher les solutions et les remèdes dans le comportement des
sociétés elles-mêmes. Autrement dit, la conservation de la diversité
biologique dépend des choix qui sont faits en matière de développement,
tant au niveau national qu’au niveau international. Certes il est important
de solliciter la science pour s’informer et agir en connaissance de cause,
mais la société doit assumer ses choix économiques.
L’idée de protection de la Nature est propre à l’Occident moderne
car elle suppose une dualité clairement établie entre deux domaines
ontologiques: les humains d’une part et les non-humains d’autre
part. Dans un tel contexte on croit que la Nature existe en tant que
domaine autonome, séparé des activités sociales. Les hommes,
maîtres et possesseurs des ressources de la Nature, se sentent
naturellement investis de la mission d’en assurer la préservation.
Mais cette conception de la Nature n’est pas partagée par d’autres
civilisations qui confèrent aux plantes et aux animaux les attributs
de la vie sociale, Ces différences culturelles dans la perception des
environnements sont à l’origine de malentendus entre des mouve-
ments de conservation de la Nature et les populations de pays en
voie de développement. Pourtant, dans l’esprit de la CDB,
diversité biologique et diversité culturelle sont étroitement liées. Le
souci de préserver la biodiversité rejoint souvent celui de maintenir
des savoir-faire locaux.

9.1
Pourquoi protéger la diversité biologique?
209
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
9.1
POURQUOI PROTÉGER
LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE?
Pendant longtemps, les scientifiques ont accumulé des connaissances
sur la Nature, sans se préoccuper de la conservation des systèmes naturels
et de leur diversité biologique. Réservoir en apparence inépuisable,
cette Nature fournissait aux hommes ce dont ils avaient besoin tout en
constituant un vaste lieu d’épandage de déchets et de polluants. Au
cours du
XX
e
siècle, cette attitude a beaucoup évolué.
D’une part dans les sociétés européennes du
XIX
e
siècle, on cherche
à promouvoir une exploitation plus rationnelle des richesses de la
Nature. Il s’agit de maintenir les conditions les plus favorables au renou-
vellement des ressources vivantes de manière à assurer la pérennité de
l’exploitation: préservation rime alors avec production.
De cette démarche productiviste naît, en réaction, la première
conscience écologique naturaliste qui est de nature protectionniste: sa
philosophie est le maintien du statu quo de tel ou tel élément de la
nature «sauvage». On met l’accent sur la conservation d’espaces de
nature vierge et inviolable, sanctuaires de grande valeur paysagère,
faunistique ou floristique, les «monuments naturels» en quelque sorte.
C’est ainsi qu’ont été créés des parcs naturels et des aires protégées dans
de nombreux pays. Considéré comme la menace principale, l’homme, de
manière générale, en est exclu.
Les termes conservation, préservation, protection, recouvrent
une large diversité de pratiques. Ils sont utilisés parfois indifférem-
ment ou avec des sens différents selon les pays et les interlocuteurs.
Il en résulte une certaine confusion dans les discours. Nous propo-
serons donc d’utiliser les définitions suivantes:
La conservation est une démarche qui consiste à prendre en compte
la viabilité à long terme des écosystèmes dans les projets de gestion
des ressources et des milieux. Dans le sens anglo-saxon du terme,
c’est une protection qui n’interdit pas que l’homme intervienne
dans les processus naturels; c’est une philosophie de la gestion de
l’environnement qui n’entraîne ni son gaspillage, ni son épuisement.
Le terme protection sera réservé aux opérations visant explicitement
à sauvegarder des milieux ou des espèces menacés par les activités
humaines. Il s’agit de mettre en défens des écosystèmes particuliers.