Материал: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008

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La Nature « utile » : valeurs et usages de la diversité biologique

quelle est leur contribution réelle à l’économie locale dans la mesure où
ces biens n’apparaissent pas dans les comptes des ménages. La faune
sauvage contribue également de manière significative à l’alimentation
humaine. De nombreuses sociétés rurales, notamment en milieu tropical,
consomment diverses espèces d’invertébrés: insectes (termites, saute-
relles, etc.), chenilles, mollusques. Des produits comme le miel sont
également très recherchés. Plusieurs espèces de vertébrés (mammifères,
oiseaux, reptiles) sont chassées pour leur viande et la pêche en mer ou en
eaux continentales est la principale source de protéines dans le monde.
Les prélèvements annuels en milieu aquatique sont estimés à près de
100 millions de tonnes, soit une valeur estimée de l’ordre de 100 milliards
d’euros. Ces prélèvements sont proches des limites acceptables pour
que le renouvellement des ressources ne soit pas compromis. En réalité
plusieurs stocks sont surexploités.

8.4.2 Les produits de l’extractivisme

Le terme extractivisme désigne l’exploitation commerciale des produits
forestiers non ligneux, tels que les fruits, les gommes et résines, les
huiles, les fibres, etc. En Amazonie, on a estimé que la valeur commer-
ciale de 12 produits forestiers divers (fruits, caoutchouc, etc.) était de
420 dollars américains ha

–1

 an

–1

. Mais ces évaluations sont très dépen-

dantes de la proximité des marchés et des voies de communication,
ainsi que des débouchés possibles auprès des consommateurs des pays
industrialisés.

On connaît l’histoire du caoutchouc et la compétition économique à

laquelle a donné lieu ce produit essentiel de l’industrie occidentale.
Même si l’on produit actuellement du caoutchouc synthétique, le latex
issu de l’hévéa continue à être recherché pour certaines de ses propriétés
qui ne se retrouvent pas dans le produit industriel. À l’heure actuelle,
environ 5 millions de tonnes de caoutchouc naturel sont produites,
essentiellement par les pays asiatiques, contre 10 millions de tonnes de
synthétique.

Dans l’industrie textile, le coton a également une histoire ancienne et

complexe. Domestiqué il y a environ 5 000 ans, à la fois en Perse (d’où
il a gagné l’Inde), au Pérou et au Mexique, il fut d’abord un produit de
luxe, avant que le coton américain, bon marché, ne devienne populaire
en Europe au 

XVIII

e

 siècle. D’autres produits textiles tels que le chanvre,

le lin, la laine, la soie, voire le cuir, sont, eux aussi, issus de végétaux et
d’animaux. Tous ces produits qui ont joué un rôle important dans l’écono-
mie mondiale, sont encore largement utilisés malgré la concurrence des
produits synthétiques.

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Les usages de la diversité biologique

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

La vannerie, les textiles, la corderie, utilisent également une large

gamme de produits naturels. Environ 600 espèces de rotins d’Asie sont
à l’origine d’industries importantes en Chine, en Inde, en Indonésie, en
Thaïlande et aux Philippines. Le rotin est, après le bois, le second
produit forestier faisant l’objet d’un commerce international important.
On ne peut ignorer l’industrie du cuir et des peaux, qui artisanalement ou
de manière industrielle, tire également profit de la diversité des espèces.

8.4.3 Le bois

Le commerce du bois est une activité économique importante au
niveau international. Les forêts représentent un peu plus de 3 400 10

6

 ha,

L’épopée du caoutchouc

L’un des végétaux sud-américains qui joua un rôle important dans
le développement industriel de ce siècle est le caoutchouc, encore
nommé le «bois qui pleure». Découvert par les premiers conquis-
tadores, il servait aux Aztèques à fabriquer des balles dont les
qualités élastiques permettaient de pratiquer un jeu très populaire,
le «tlachli», fortement imprégné de croyances religieuses et qui
se terminait généralement par des sacrifices humains.

Les Espagnols apprirent à imperméabiliser des bottes et des tissus
en les graissant avec du latex, mais son utilisation en Europe restait
limitée car il perdait ses qualités au froid. La vulcanisation
(chauffage du caoutchouc avec du soufre) découverte de manière
accidentelle en 1839 aux États-Unis par Charles Goodyear, en stabi-
lisant les propriétés physiques du latex par rapport aux changements
de température, devait ouvrir ainsi la voie à son avenir industriel.
Avec l’invention du pneu et le développement de la bicyclette,
puis de l’automobile, le caoutchouc de cueillette ne suffit plus. La
demande croît et suscite une exploitation particulièrement active à
la fin du siècle dernier, non seulement en Amazonie brésilienne où
les seringueros l’extraient de l’hévéa, mais également en Afrique où
on l’extraie de lianes et d’euphorbes.

Au terme d’une longue épopée, l’Amazonie, berceau de cette
ressource, en perdit tout le bénéfice au début du 

XX

e

 siècle lorsque

furent créées de grandes plantations d’Hevea brasiliensis en Asie,
puis plus tard en Afrique, ruinant en partie l’économie des pays
exportateurs de caoutchouc de cueillette.

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La Nature « utile » : valeurs et usages de la diversité biologique

soit environ un quart de la superficie des terres émergées. Dans les
pays en développement, le produit est surtout utilisé pour les usages
domestiques (bois de feu), ainsi que pour la construction. Dans les
pays développés, les usages industriels sont consommateurs de grandes
quantités de bois (pâte à papier par exemple). La majorité du bois
commercialisé vient des pays tempérés (Canada, Finlande, Russie,
États-Unis) où la production est organisée. Mais la demande en bois
précieux est importante et pour de nombreux pays tropicaux, les
ressources forestières constituent une des rares sources de devises dispo-
nibles.  Ils sont tentés d’exploiter ce patrimoine de manière parfois
excessive compte tenu du temps nécessaire au renouvellement de la forêt.
En l’absence d’une gestion adéquate, de nombreux milieux forestiers
sont donc actuellement fortement dégradés par l’exploitation forestière.
Il faut souligner également que dans certains pays d’Asie, la forêt régresse
rapidement au profit de plantations de palmiers à huile destinés à la
production d’agrocarburants…

8.4.4 Les perspectives industrielles des biotechnologies

L’industrie s’intéresse de près à certains éléments de la biodiversité:
les micro-organismes, les molécules, les gènes, etc. Que ce soit dans le
secteur de l’agroalimentaire qui concerne la diversité des plantes culti-
vées (chapitre 7) ou le secteur de la pharmacie qui s’intéresse plus
précisément aux espèces sauvages (chapitre 6), l’application des bio-
technologies à l’échelle industrielle est l’objet d’intérêts stratégiques
considérables.

La microbiologie industrielle utilise les capacités enzymatiques et

métaboliques des micro-organismes pour deux grands types de trans-
formations:

• La fermentation de matières premières agricoles et d’aliments

(œnologie, brasserie, fromagerie, etc.) ou la dépollution. Les micro-
organismes utilisés se retrouvent alors dans les aliments ou l’environ-
nement.

• La production ou la modification de molécules très diverses (enzymes,

antibiotiques, hormones, arômes, etc.). Dans ce cas la culture est
réalisée en milieu confiné et les cellules sont détruites en fin de
production.

Les souches de micro-organismes utilisées sont sélectionnées initia-

lement à partir du milieu naturel et peuvent faire l’objet d’améliorations
génétiques qui, contrairement aux plantes supérieures et aux animaux,
font rarement appel aux croisements. L’amélioration des souches est

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Les usages de la diversité biologique

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

basée sur la recherche de mutations spontanées ou provoquées par des
agents mutagènes. Les techniques de la biologie moléculaire ont été
parallèlement utilisées dès la fin des années 1970 en vue de productions
industrielles par des micro-organismes génétiquement modifiés. Ces
souches ne sont utilisées que pour le deuxième type de transformation.

Dans le domaine de la santé, des organismes génétiquement modifiés

sont utilisés à grande échelle depuis la fin des années 1970 pour produire
des protéines recombinantes (obtenues par recombinaison génétique).
Ainsi des bactéries ont été génétiquement modifiées pour synthétiser
des molécules telles que l’insuline humaine pour le traitement du diabète,
l’hormone de croissance, l’érythropoïétine qui stimule la production
de globules rouges, etc.

La majeure partie de l’insuline utilisée actuellement provient de bactéries

recombinantes et non plus de pancréas de porc. En 1986 la production,
d’hormone de croissance par des bactéries a permis de traiter sans danger
des enfants atteints de certaines formes de nanisme, alors que les traite-
ments antérieurs à base d’hormones extraites d’hypophyses de cadavres
avaient entraîné une contamination par l’agent responsable de la maladie
de Creutzfeldt-Jakob.

Les bactéries et la tradition: les fromages

La richesse gustative de produits fermentés comme le fromage de
fabrication artisanale, mais aussi la bière, est liée à la diversité des
micro-organismes utilisés. Chaque souche produit des arômes parti-
culiers, et plus on a de micro-organismes, plus on a d’arômes…
Mais nous n’arrivons pas encore à décrire et encore moins à
contrôler tous les événements qui conduisent au produit final.
Actuellement, le maintien des productions traditionnelles doit faire
face aux exigences de santé publique qui poussent au contrôle de
la microflore en cours de fermentation afin de réduire les risques
de contamination par les Listeria par exemple. Cela est plus diffi-
cile pour des produits qui font intervenir des dizaines de souches
que pour des produits industriels, n’utilisant que quelques souches
sélectionnées, mais évidemment moins savoureux! Il y a peut-être
un espoir de mieux gérer la diversité microbienne d’un produit en
cours de fermentation: la mise au point de «puces à ADN» qui
pourraient permettre de suivre en temps réel l’évolution de la
microflore.

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La Nature « utile » : valeurs et usages de la diversité biologique

Le vaccin contre l’hépatite B est également un vaccin recombinant

produit par des levures ou par des cellules génétiquement modifiées
mises en culture. La transgénèse végétale offre également des perspec-
tives pour produire des médicaments: le tabac peut être génétiquement
modifié pour produire de l’hémoglobine par exemple.

Un champ d’application nouveau des biotechnologies concerne les

activités de dépollution.

La phytodégradation consiste à accélérer la dégradation des composés

organiques polluants (hydrocarbures, pesticides, etc.) en présence de
plantes. Cette dégradation peut avoir lieu à l’extérieur de la plante,
grâce à l’activité des micro-organismes présents dans son environnement
racinaire (rhizosphère) ou dans la plante après absorption du composé
puis dégradation dans les cellules.

Des plantes et des micro-organismes sont capables de proliférer sur

des sols pollués, et d’absorber des métaux lourds: c’est la phyto-
remédiation. Il existe des plantes dites hyperaccumulatrices, poussant
sur des sols pollués, capables d’accumuler plus de 1% de métaux dans
leurs tissus. On peut ensuite incinérer ces plantes de manière à récupérer
les métaux qu’elles ont accumulés.

En 2000, des chercheurs ont réussi à produire une plante transgénique

capable de transformer les formes toxiques de mercure en d’autres plus
inoffensives. Ils ont utilisé un gène bactérien qu’ils ont introduit dans
Arabidopsis thaliana, et ont démontré que cette transformation lui
permettait de survivre sur des terrains contaminés par le méthylmercure.

Les animaux: des usines à médicaments?

La production pharmaceutique est peut-être à l’aube d’une révo-
lution. Une partie de la recherche en biotechnologie s’oriente vers
l’utilisation d’animaux génétiquement modifiés pour produire des
médicaments et des substances nutritives. Le principe est simple
en théorie: modifier le patrimoine génétique d’un animal pour lui
faire produire dans son lait, son sang, ses urines, une protéine d’inté-
rêt pharmaceutique. Des espèces comme la chèvre et le mouton, la
souris et le lapin, la vache ou la poule, sont actuellement utilisées
par les industriels. Ces organismes se posent en concurrents des
cultures cellulaires avec des coûts de production très inférieurs,
pour produire des molécules complexes telles que des hormones,
des facteurs de croissance, des antigènes et des anticorps.

Источник: https://files.student-it.ru/previewfile/14268