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9 •
La conservation de la diversité biologique
sauvages, notamment en ce qui concerne les espèces qualifiées d’intérêt
communautaire. Elle prévoit la mise en place d’un réseau de zones
protégées, les zones spéciales de conservation (ZSC).
Le réseau Natura 2000 est ainsi composé de deux types de sites: les
zones de protection spéciale (ZPS) et les sites d’intérêt communautaire
(SIC). Les premières sont issues des anciennes ZICO («zone impor-
tante pour la conservation des oiseaux»). Ce sont des zones considérées
comme particulièrement stratégiques pour la protection des oiseaux au
sein de l’Union. Les secondes sont issues de la directive Habitats et
des ZSC.
Le réseau Natura 2000 entend promouvoir une gestion adaptée des
habitats de la faune et de la flore sauvages, tout en tenant compte des
exigences économiques, sociales et culturelles ainsi que des particula-
rités régionales et locales de chaque État membre. Il n’a donc pas pour
objet de créer des «sanctuaires de Nature», car les activités humaines
(y compris la chasse) y ont leur place comme dans les réserves de la
biosphère.
En France, il existait en 2007 plus de 1 700 sites couvrant 6,8 millions
d’hectares (soit 12% du territoire métropolitain), dont 1 337 SIC et
371 ZPS. Ces sites sont répartis sur 4 régions biogéographiques.
L’ensemble du réseau doit se doter d’un document d’objectifs par site,
rendre effective sa gestion par contractualisation, réaliser un bilan de
l’état de conservation en 2013.
Le réseau de sites Natura 2000 français a eu quelques difficultés à se
mettre en place en raison d’une mauvaise information initiale et du
mauvais accueil qui lui a été réservé de la part des propriétaires
fonciers. La Cour de justice des communautés européennes a d’ailleurs
sanctionné la France à trois reprises pour le retard pris dans la consti-
tution du réseau.
Au niveau européen, on comptait en 2007, 4 600 ZPS et plus de
20 000 SIC, à l’exclusion des dix nouveaux États membres. L’extension
du réseau Natura 2000 au milieu marin est prévue pour 2008.
9.3.5 Des réserves pour protéger les ressources marines
Alors que les mers recouvrent 70% de la surface du globe, on ne
compte qu’un millier d’aires marines protégées dans le monde, dont la
surface représente à peine 1% des océans. Et la protection est loin d’être
efficace partout! Cette situation évolue lentement. Pour la Méditerranée,
les 75 aires marines protégées qui existent actuellement ne représentent
qu’une très faible superficie (0,5% de la surface).

9.3
Les aires protégées
221
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
Comme les réserves en milieu terrestre, les réserves marines ont pour
objectif de protéger des espèces ou des écosystèmes en danger. Mais
une des fonctions des aires marines protégées est également de protéger
les ressources vivantes. Que ce soient des aires de reproduction et de
frai, ou des habitats permettant à certaines espèces d’échapper aux
captures, l’objectif est de maintenir, grâce aux aires protégées, les
conditions de renouvellement des stocks. De nombreuses expériences
ont montré que ces modes de gestion étaient efficaces pour protéger les
populations sédentaires. Par contre ces mesures n’ont qu’une portée
limitée pour les populations de grandes espèces migratrices comme le
thon ou le saumon. Il faut leur appliquer les mesures traditionnelles de
régulation des pêches.
Un nouvel établissement public national placé sous la tutelle du
ministre chargé de la protection de la Nature a été créé en 2006: l’Agence
des aires marines protégées. Elle a pour vocation d’appuyer l’État et
les collectivités territoriales pour l’élaboration de stratégie de création
et de gestion d’aires marines protégées. Elle fait fonction d’agence de
moyens pour les parcs naturels marins. Elle contribuera également à la
création d’aires marines décidées au niveau international, dans le cadre
des engagements internationaux de la France en faveur de la diversité
biologique marine et côtière.
9.3.6 L’inconnue du changement climatique
La biodiversité est née du changement, et notamment des variations du
climat qui n’a cessé de se modifier, aussi bien localement qu’à l’échelle
du globe, depuis des dizaines de millions d’années. Les experts nous
annoncent quelques degrés de plus pour la fin du siècle. Un réchauffe-
ment qui va, sans aucun doute, engendrer des modifications significa-
tives de la biodiversité un peu partout dans le monde. En Europe, on a
d’ailleurs mis en évidence que plusieurs espèces ont déjà entrepris de
migrer. Selon certaines estimations: 180 km vers le nord et 150 m en
altitude pour un degré de réchauffement… Des espèces d’oiseaux
méditerranéens comme le héron garde-bœuf ou le guêpier d’Europe,
sont maintenant observées dans le nord du pays. Plusieurs espèces de
poissons marins tropicaux sont fréquemment observées dans l’Atlantique
nord.
Avec le réchauffement, la sécheresse, ou la fonte des glaciers, vont
s’accentuer dans certaines régions. D’autres, par contre, deviendront
plus clémentes et mieux arrosées, mais on ne sait pas encore lesquelles.
Il est probable que certaines zones humides vont disparaître, alors que

222
9 •
La conservation de la diversité biologique
d’autres vont apparaître. Dans ce contexte, de nombreuses aires protégées
ne pourront plus remplir la fonction qui avait justifié leur création:
protéger des espèces ou des écosystèmes remarquables. Que vont devenir
les espèces pour lesquelles elles avaient été créées? Faut-il pour autant
abandonner ces territoires? Un nouveau rôle pourrait leur être assigné:
être des espaces de liberté dans lesquels la dynamique de la biodiversité
pourra s’exprimer. Mais on ne répond pas pour autant au besoin de
protection d’espèces vulnérables.
Faut-il considérer que les changements climatiques annoncés seront
catastrophiques pour la biodiversité comme le clament certains scienti-
fiques? On a même prévu la disparition de 1,5 million d’espèces d’ici
la fin du siècle. Dans la mesure où la biodiversité est le produit du
changement, notamment climatique, il est difficile d’affirmer que ce
dernier représente une menace pour la biodiversité. Certes il va y avoir
des modifications significatives qui peuvent nous déranger. Mais à moins
de considérer que le monde est immuable, il est difficile de stigmatiser
les changements à venir.
9.4
UNE UTILISATION DURABLE
DE LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE
La politique d’aire protégée est un pis-aller qui n’engage que le court et
moyen terme. Beaucoup pensent que la conservation de la biodiversité
doit s’inscrire dans un contexte plus large d’application des principes
du développement durable. Plus généralement, la conservation devrait
être partie prenante d’une vision globale d’aménagement du territoire pour
définir les zones à vocation agricole, industrielle ou urbaine, et les aires
à protéger. Mais aussi, comme nous l’avons vu plus haut, dans le cadre
d’une meilleure gestion de la biodiversité dans les zones anthropisées.
9.4.1 Le développement durable
Le concept de développement durable est une formule de compromis
qui reconnaît le bien-fondé du développement mais cherche à concilier
le processus de développement économique avec la protection de
l’environnement. Dans une perspective à long terme, c’est un dévelop-
pement qui répond aux besoins du présent tout en préservant l’héritage
«naturel» qui sera transmis aux générations futures.
L’idée sous-jacente à l’application opérationnelle du concept de
développement durable, est que la diversité biologique ne pourra se

9.4
Une utilisation durable de la diversité biologique
223
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
maintenir que dans les écosystèmes en bon état de fonctionnement. On
met alors l’accent sur la nécessité d’une gestion intégrée des milieux et
des ressources, faisant ainsi contrepoids à une approche trop longtemps
sectorielle préoccupée d’une rentabilité à court terme de l’exploitation
de certaines ressources.
Dans le domaine agricole le développement durable, garant d’une
bonne gestion de la biodiversité, est nécessairement un compromis
entre ce qui est économiquement intéressant, techniquement possible,
et écologiquement acceptable. Ainsi, dans les années 1960, la sélection
de variétés cultivées à haut rendement et l’utilisation massive d’engrais
et de pesticides, ont permis des progrès considérables en matière de
productivité (la Révolution verte), aux détriments de la qualité de
l’environnement et de la biodiversité. Dans une perspective de gestion
intégrée des ressources renouvelables, il s’agit d’imaginer et de mettre
en place des systèmes de production mieux intégrés dans leur milieu
dont ils garantissent la viabilité écologique. Cela suppose, par exemple,
une plus grande diversification des systèmes de culture et des itinéraires
techniques nouveaux conçus par les agriculteurs: rotation, choix des
variétés, pratiques culturales, etc.
Dans le domaine des pêches marines, si la pression se poursuit comme
aujourd’hui, on prévoit qu’il n’y aura plus de poissons commercialisables
d’ici 2050. Beaucoup de stocks sont en voie d’épuisement car les délais
de reconstitution sont incompatibles avec les taux de prélèvement sur
la ressource.
On voit les difficultés à mettre en pratique les discours quant à la
gestion des ressources à long terme et les contraintes économiques qui
amènent les propriétaires des bateaux de pêche à chercher le profit
maximum le plus rapidement possible. Plutôt que pêcher plus, il faudrait
pêcher mieux de manière à éviter la surexploitation en limitant les
prises. En réalité, en l’absence de mesures réglementaires contraignantes,
la compétition économique induit des comportements non rationnels.
9.4.2 Les savoirs traditionnels
La Convention sur la diversité biologique traite de la protection et
du maintien des connaissances et des pratiques des communautés
autochtones. Celles-ci sont détentrices de savoirs traditionnels et de
connaissances empiriques concernant la diversité biologique qui se
transmettent de génération en génération. Ces savoirs pourraient être
utiles pour conserver et gérer durablement la biodiversité.

224
9 •
La conservation de la diversité biologique
L’idée que la protection de la Nature et la préservation de la diversité
biologique passent par le droit des populations à préserver leurs terri-
toires ainsi que leurs modes de vie a longtemps paru iconoclaste pour
les conservationnistes habitués à percevoir les populations humaines
comme des facteurs de perturbation et de dégradation des écosystèmes.
Pourtant, les hommes ont utilisé une grande variété de ressources
biologiques, dans des milieux très divers, en mettant en œuvre une
multitude de techniques spécialement adaptées.
Les recherches en ethnobiologie ont permis de mieux connaître cet
ensemble de connaissances et de comportements représentant un patri-
moine culturel. Ainsi, on a étudié de nombreuses sociétés de pêcheurs
dont l’organisation et les pratiques permettaient de protéger la ressource
de manière bien plus efficace que les modes de gestion étatique le plus
souvent inopérants faute de moyens appropriés. Si de nombreux ensei-
gnements peuvent être tirés de ces savoirs populaires, il faut admettre
néanmoins que les changements démographiques, économiques et
politiques ont profondément modifié les comportements sociaux. Des
systèmes de gestion qui étaient adaptés à certains types de contraintes,
dans un contexte précis, ne le sont plus dans les conditions économiques
et démographiques actuelles. Certains pensent également que l’on renoue
avec le mythe du «bon sauvage», respectueux de son environnement,
alors qu’il existe de nombreux exemples montrant que des sociétés
traditionnelles ont disparu en raison de la dégradation de leur environ-
nement. C’est le cas, par exemple, pour les sociétés de l’île de Pâques
et, semble-t-il, pour les Mayas. En outre, et bien que ce problème soit
peu médiatisé, le braconnage par les autochtones est actuellement une
des causes principales de l’érosion de la biodiversité. Rappelons aussi
que la recherche des produits utilisés par les médecines traditionnelles
fait peser de graves menaces sur certaines espèces.
Il n’en reste pas moins que, dans certains cas, les modes de gestion
traditionnelle peuvent se révéler utiles. Ainsi, en matière de gestion des
pêches artisanales, on a voulu appliquer dans les pays en développement
des modes de gestion centralisée, à l’occidentale, qui se sont révélés
catastrophiques à l’usage. On pense à réhabiliter les modes de gestion
traditionnelle, sous la responsabilité des communautés qui avaient montré
leur efficacité dans le passé. Si tant est que ce soit encore possible compte
tenu de la pression démographique et de la dégradation des stocks.
La question des savoirs traditionnels a surtout été l’occasion de faire
apparaître des revendications identitaires face au pouvoir central. La
gestion de la biodiversité, dans ce contexte, n’est le plus souvent qu’un
faire-valoir.