
9.5
La conservation ex situ
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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
9.4.3 L’aménagement du territoire
Si l’on parle volontiers de stratégies en vue de maintenir la diversité
biologique au niveau régional, par la création d’aires protégées, il faut
bien reconnaître cependant qu’elles ont le plus souvent été sélectionnées
sur des bases opportunistes, sans vision d’ensemble bien affirmée.
L’expérience a montré qu’une stratégie basée seulement sur la protection
de sites d’importance géographique limitée ne donnait pas entière
satisfaction.
En particulier, la qualité de l’environnement dans les zones protégées
est fortement influencée par les activités humaines sur les régions
avoisinantes: pollutions d’origine atmosphérique, les modifications
du niveau de la nappe phréatique, la détérioration de sites de repos ou
d’alimentation hors la zone protégée pour les espèces migratrices, etc.;
La dynamique naturelle dans les aires protégées, liée par exemple
aux fluctuations climatiques, peut conduire à des modifications consi-
dérables de la composition et de la structure des écosystèmes, avec
parfois même des pertes d’espèces rares dont la présence avait motivé
la mise en place de l’aire protégée.
Une augmentation quasi générale de la fragmentation des habitats et
du paysage perturbe beaucoup les processus écologiques et la dynamique
des populations: le maintien ou la restauration de connections entre
les différents fragments permettant les échanges fonctionnels est une
préoccupation majeure de la biologie de la conservation.
Pour ces différentes raisons, les objectifs en matière de conservation
portent maintenant en priorité sur des démarches spatialisées. Quand
c’est possible, il est préférable de protéger de grandes surfaces incluant
les principales composantes du paysage. Dans d’autres circonstances,
il faut inscrire les stratégies de conservation dans une vision élargie
d’aménagement du territoire à toutes les échelles (régionales, nationales,
internationales) de manière à éviter des fragmentations trop importantes
et à ménager, lorsque cela est encore possible, les corridors écologiques.
Le réseau européen Natura 2000 est basé sur ces concepts.
9.5
LA CONSERVATION EX SITU
Les collections vivantes sont rassemblées dans les jardins botaniques
et zoologiques, les conservatoires, les arboreta publics et privés. Elles
jouent un rôle fondamental dans la conservation des espèces en voie de
disparition et les programmes de réintroduction; elles constituent l’outil

226
9 •
La conservation de la diversité biologique
essentiel pour la gestion des ressources génétiques des plantes utiles et
des animaux domestiques.
9.5.1 Les jardins botaniques
Quelque 1 600 jardins botaniques existent à travers le monde. Les plus
anciens ont servi à rassembler les plantes de la pharmacopée tradition-
nelle. Ils ont ensuite évolué en jardins d’acclimatation pour accueillir
et essayer de domestiquer les espèces tropicales ramenées par les
voyageurs et pour développer de nouvelles cultures d’intérêts écono-
miques et décoratifs. Ils témoignent par là du brassage de la flore
résultant des conquêtes, des échanges commerciaux, des explorations.
Récemment leurs missions ont encore changé. Les nouveaux établis-
sements se spécialisent dans la faune et la flore d’un milieu (souvent le
milieu local) en vue de développer l’ingénierie de la conservation et
d’informer le public.
De tout temps, les jardins botaniques ont échangé des spécimens et
des informations entre eux, et avec des amateurs qui entretiennent des
«collections» privées. Bien qu’élargissant le spectre de la diversité
végétale répertoriée, ces opérations n’empêchent pas un déséquilibre de
l’échantillonnage en faveur de groupes particuliers (orchidées, cactées,
plantes carnivores, plantes à bulbes, fougères, légumineuses, conifères…).
Un commerce est même organisé: il concerne principalement les plantes
médicinales et décoratives, les légumes et les fruitiers. L’encadrement
scientifique et juridique de cette économie active pose des problèmes
difficiles du fait d’intérêts conflictuels… Les jardins botaniques ont
cependant développé entre eux des réseaux restreints sur la base de
compétences reconnues et de chartes. Actuellement, ces réseaux
élaborent des bases de données informatisées, partiellement ouvertes aux
messageries électroniques du grand public. Quelque 350 institutions
Le toromiro (Sophora toromiro) est un arbre endémique de l’île de
Pâques d’où il a disparu vers 1960. Plusieurs jardins botaniques
qui avaient conservé des semences ont constitué un réseau chargé
d’évaluer la diversité génétique de l’espèce et d’utiliser cette
connaissance pour constituer des populations de reproducteurs
qui seront réimplantées dans l’île de Pâques. Compte tenu de la
croissance de l’arbre, il faudra attendre cent ans avant de savoir si
la réintroduction a réussi.

9.5
La conservation ex situ
227
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
sont ainsi regroupées dans le réseau BGCI (Botanic Gardens Conserva-
tion International) et rassemblent environ 30 000 espèces. Une tendance
récente des activités des jardins botaniques porte sur la mise au point et
la diffusion auprès des pépiniéristes et du public de méthodes de
culture, de propagation et de conservation. Elles dérivent directement
des progrès de la recherche physiologique sur les dormances, les résis-
tances au froid et à la sécheresse, les reproductions végétatives et
sexuées, les cultures de cellules et de tissus. Les effets de mode et de
commerce accentuent l’engouement pour certains taxons et les espèces
«modestes» sont oubliées même si elles sont menacées.
Simultanément, et à l’opposé, les jardins botaniques ont un rôle
important dans la politique de biodiversité d’un pays. Ils sont une source
d’information et un lieu de débats indépendants offerts au public et aux
associations. Ils participent aux campagnes de restauration de milieux
dégradés et de réintroduction d’espèces localement disparues (sensibi-
lisation du public, fourniture de spécimens, prise de co-responsabilité
de gestion pour des milieux originaux: flores des îles, des montagnes
ou des zones humides). Ce sont des partenaires actifs des programmes de
valorisation des ressources génétiques végétales à côté d’institutions publi-
ques et d’entreprises privées (banques de graines, banques de données…).
L’investissement technologique et financier, les nécessités de l’entretien
quotidien et de la présence de personnel qualifié créent des charges
auxquelles toutes les économies ne peuvent pas facilement subvenir.
Les jardins botaniques les plus pertinents sont ceux des pays développés
et le déséquilibre est flagrant avec ceux des régions tropicales pourtant
plus riches en biodiversité naturelle mais moins dotées économiquement.
9.5.2 Les parcs zoologiques
Les parcs zoologiques publics ou privés, ainsi que les expositions de
collections animales vivantes spécialisées (souvent centrées sur des taxons
spectaculaires: poissons, serpents, oiseaux, insectes…), ont des missions
et des activités similaires à celles des jardins botaniques. Leur nombre
à travers le monde dépasse les 2 000 et ils sont en majorité organisés en
réseaux. D’importantes bases de données ont été élaborées; des infor-
mations sont, en principe, librement disponibles sur quelque 250 000
spécimens vivants et leurs ancêtres, appartenant à près de 6 000 espèces.
Pour entretenir vivants en conditions artificielles presque un million de
tétrapodes et autant de poissons, les collections animales doivent faire
face à des coûts et des charges importants que toutes les économies ne
peuvent pas supporter. En particulier leur maintien demande une relation

228
9 •
La conservation de la diversité biologique
étroite avec la science vétérinaire et sa recherche. Le rapport avec les
amateurs et le public en général est très fort, soutenu par un élan de
sympathie considérable, et par un commerce des animaux actif mais
difficile à encadrer.
Dans le cas des espèces aquatiques, la dépendance vis-à-vis du milieu
est particulièrement contraignante. Depuis très longtemps des aquariums
et des stations marines ont été construits pour les êtres marins. Ces
institutions ont une forte tradition d’association avec le public. Leurs
missions portent sur l’information, l’éducation, la conservation et la
recherche. Curieusement et en dépit de leur coût, elles sont mieux
réparties que les jardins botaniques ou zoologiques à travers la planète
et représentent assez bien la diversité des écosystèmes marins. Leurs
financements viennent souvent de leur intégration dans des réseaux
gouvernementaux et régionaux de gestion des ressources halieutiques
ou de recherche fondamentale et appliquée.
9.6
LA BIOLOGIE DE LA CONSERVATION
La biologie de la conservation est née à la fin des années 1970. Elle a
pour objectifs d’évaluer l’impact des actions de l’homme sur les espèces,
les communautés et les écosystèmes, et de faire des propositions
concrètes pour lutter contre la dégradation des écosystèmes. Alors que
la protection de la Nature a recours essentiellement aux moyens régle-
mentaires pour soustraire les espaces et les espèces aux actions de
l’homme, la biologie de la conservation utilise des concepts et théories
empruntés à l’écologie, ou qu’elle contribue à développer, pour mettre
en œuvre des actions concrètes et proposer des méthodologies appro-
priées pour la conservation de la Nature. Comme d’autres disciplines
de «crise», à l’articulation de la science et de la gestion, alliant théorie
et pratique, la biologie de la conservation donne la priorité à l’action.
Elle travaille dans l’urgence puisque des espèces et des habitats menacés
risquent de disparaître rapidement en l’absence de mesures efficaces.
Si dans un premier temps la biologie de la conservation s’est focalisée
sur les espèces phares ou charismatiques, il est devenu rapidement
évident que les questions posées par la conservation des habitats, de
l’échelle locale à l’échelle planétaire, devenaient au moins aussi
importantes que les connaissances portant sur la biologie des espèces.
La restauration et la réhabilitation d’habitats, la réintroduction d’espèces
joueront des rôles de plus en plus importants dans la reconstitution de
la diversité biologique. Cela demande à la fois des approches ex situ et
in situ dont les méthodes font de rapides progrès.

9.6
La biologie de la conservation
229
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
9.6.1 Fragmentation des habitats
L’un des thèmes favoris de la biologie de la conservation concerne la
fragmentation des habitats naturels par les activités humaines et ses
conséquences sur la biodiversité. Selon la théorie des équilibres dyna-
miques de la biogéographie insulaire, le nombre d’espèces présentes
dans un écosystème est fonction de la surface de l’écosystème: la
réduction des surfaces favorise en principe l’extinction de certaines
Figure 9.2 Les trois principales approches en biologie de la conservation
(d’après Barnaud, 1998).
L’ingénierie écologique
«L’ingénierie écologique se définit comme la conception, la mise
en œuvre et le suivi de la composante écologique d’un projet
d’aménagement et/ou de gestion […] en accord avec l’évolution
des connaissances et des méthodes en écologie». La mise en œuvre
de l’ingénierie écologique s’appuie à la fois sur des concepts théori-
ques de l’écologie et sur un ensemble de techniques d’ingénierie qui
permettent la restauration des systèmes. Par exemple, le réaména-
gement des carrières en eau (gravières) pour leur mise en valeur
écologique, peut être réalisé par la création de zones en pente douce
et la diversification des berges (pentes variées).
Biologie de la conservation
viabilité des populations
viabilité des processus
Approche
«
espèce-
population
»
Approche
«
habitat-
espace
»
Approche
«
écosystème-
paysage
»
Systématique,
Éthologie,
Génétique
des populations
Biogéographie,
Écologie
des communautés,
Phytoscoiologie
Écologie des
écosystèmes,
Écologie des
paysages,
Relations homme-
nature