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La conservation de la diversité biologique
espèces. Les biologistes de la conservation sont ainsi sollicités pour
répondre à des questions relatives à la taille et la forme des réserves
naturelles:
• Quelle est la taille minimale d’une réserve pour protéger telle ou
telle espèce?
• Est-il préférable de créer une seule réserve de grande taille ou plusieurs
petites réserves?
• Combien d’individus d’une espèce menacée est-il nécessaire de
protéger dans une réserve pour éviter l’extinction?
• Lorsque plusieurs réserves sont créées, doivent-elles être proches l’une
de l’autre, ou éloignées? Doivent-elles être isolées ou reliées par des
corridors?
Ces questions sont l’occasion de mettre à l’épreuve certaines théories
écologiques. Ainsi, mettant en avant la théorie des équilibres dynamiques
en milieu insulaire, certains scientifiques estiment que des réserves de
grande taille offrent une plus grande diversité d’habitats et abritent une
plus grande variété d’espèces que les réserves de petite taille. En outre les
populations de chaque espèce sont plus grandes, et les effets de lisière
sont moins importants sur des grandes surfaces que sur des petites.
D’autres scientifiques estiment au contraire que plusieurs petites
réserves permettent de protéger une diversité d’habitats plus importante
que dans une grande réserve, pour une superficie totale équivalente,
ainsi qu’une plus grande variété d’espèces rares. Ils mettent également
en avant que plusieurs petites réserves minimisent les risques d’une
catastrophe telle que le feu, une épidémie ou l’introduction d’espèces,
qui peuvent détruire des populations entières dans une réserve.
9.6.2 Réintroductions d’espèces
La conservation ex situ apparaît non pas seulement comme une alter-
native, mais comme une démarche complémentaire de la conservation
in situ. Ce sont des réservoirs d’individus pour la réinstallation ou le
renforcement de populations sauvages d’espèces menacées. En effet,
dans certaines situations, la dégradation de l’habitat est telle qu’on ne
peut maintenir in situ des populations viables. L’alternative est simple:
ou on laisse disparaître à jamais les espèces concernées, ou l’on tente
des opérations de sauvetage en vue de préserver temporairement ex
situ les populations menacées avec comme objectif de les réintroduire
dans leur milieu d’origine si les menaces qui pèsent sur les espèces et
les habitats disparaissent. Dans certains cas, l’habitat est détruit et on

9.6
La biologie de la conservation
231
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
envisage alors de réintroduire l’espèce dans des habitats similaires à
ceux dont elle est originaire: c’est la translocation.
Le projet de conservation d’une espèce menacée dans les parcs
zoologiques se définit par ses objectifs: maintenir pendant deux siècles
plus de 90% de la diversité génétique initiale, et maintenir une population
de 250 à 500 individus en vue de la réintroduire dans son milieu naturel.
Il existe pour plus de 300 espèces menacées des programmes d’élevage
en captivité qui associent plusieurs zoos, de façon à maintenir des
populations qui serviront de réservoirs génétiques pour la survie des
animaux dans la Nature. Les parcs zoologiques ont ainsi bien réussi
dans la conservation d’espèces telles que les bisons européens et
américains, le cheval de Prejwalsky, etc.
9.6.3 Écologie de la restauration
Des ingénieurs et des spécialistes de la protection de la Nature ont
tenté depuis longtemps de «réparer» les milieux dégradés. Ils l’ont
fait de manière souvent empirique, avec leur expérience d’hommes de
terrain, en fonction d’objectifs définis dans le cadre d’une gestion dite
écologique des milieux et des espèces. De manière générale, les scien-
tifiques ont longtemps négligé ce domaine jugé trop technique, mais
certains d’entre eux ont progressivement réalisé tout l’intérêt de ces
activités si on les abordait en tant que système expérimental. L’émer-
gence de l’écologie de la restauration dans les années 1980 a donc
Il y a de nouveau des vautours en Lozère
La réintroduction des vautours fauves et des vautours moines dans
les gorges du Tarn est un exemple de restauration de populations.
Le vautour moine a disparu de cette région au début du
XX
e
siècle
et le vautour fauve peu après la Seconde Guerre mondiale. Classé
nuisible, jugé maléfique, mais aussi trophée de chasse apprécié,
ces charognards ont été massacrés pendant des siècles. Dans les
années 1970, avec la création du parc national des Cévennes, le
Fonds d’intervention pour les rapaces a entrepris de réintroduire
les deux espèces à partir d’individus provenant des Pyrénées et de
plusieurs zoos. Les premiers lâchers ont eu lieu au début des
années 1980, et en 2000 près de 300 individus avaient recolonisé
les Causses. On apprécie maintenant les retombées touristiques,
et les bergers les utilisent comme équarrisseurs naturels.

232
9 •
La conservation de la diversité biologique
pour origine l’interprétation scientifique de ces nombreuses interventions
et manipulations de systèmes écologiques. Implicitement, l’écologie
de la restauration véhicule l’idée qu’il est possible de conduire des
expériences écologiques rigoureuses, qui permettent une démarche
prédictive. En outre, les problèmes abordés par les pratiques de restau-
ration sont une source de nouvelles questions sur le plan scientifique.
Parmi les exemples d’application de la biologie de la restauration, on
peut citer la récupération de sites très endommagés à la suite d’exploi-
tations et de travaux d’aménagement (décharges, mines, pistes de ski,
Il existe une terminologie complexe dans le domaine de l’écologie
de la restauration
. Donner une définition des termes utilisés qui
soit reconnue par tous est un exercice périlleux. Il faut surtout
savoir qu’il y a différentes formes de restauration qui s’inscrivent
dans un continuum depuis la reconstruction de sites totalement
dévastés comme ceux de zones minières, jusqu’à des opérations
de portée limitée dans des écosystèmes peu perturbés.
– restauration (sensu stricto): c’est la transformation intention-
nelle d’un milieu pour rétablir l’écosystème considéré comme
indigène et historique, dans sa composition taxinomique origi-
nelle, ainsi que dans ses fonctions essentielles (production, auto-
reproduction) préexistantes.
– réhabilitation: lorsque la pression exercée sur un écosystème a
été trop forte ou trop longue, ce dernier est incapable de revenir
à son état antérieur même si l’on relâche la pression humaine.
Seule une intervention humaine forte, mais limitée dans le
temps, permet de replacer l’écosystème sur une trajectoire favo-
rable au rétablissement de ses fonctions essentielles.
– réaffectation: lorsqu’un écosystème a été fortement transformé
par l’homme, on peut en faire un nouvel usage sans chercher à le
réhabiliter. C’est le cas lorsqu’on modifie un écosystème par
une gestion visant à privilégier un élément ou une fonction parti-
culière. Le nouvel état peut être sans relation de structure ou de
fonctionnement avec l’écosystème préexistant dans le cas
d’espaces mis en culture.
Pour certains, la biologie de la restauration inclut également la
«création» qui consiste à créer de nouveaux habitats là où ils
n’existaient pas auparavant.

9.7
L’approche préventive: le bilan de santé des écosystèmes
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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
gravières, chantiers, etc.). En particulier, les sites d’exploitation de
roche abandonnés par l’industrie couvrent des surfaces importantes et
constituent des milieux privilégiés de «réaménagement écologique».
Le retour d’espèces emblématiques telles que le saumon est parfois
mis en avant pour mener des opérations de restauration globale des
cours d’eau.
9.7
L’APPROCHE PRÉVENTIVE:
LE BILAN DE SANTÉ DES ÉCOSYSTÈMES
Les gestionnaires qui ont besoin d’outils leur permettant de promouvoir
des pratiques écologiquement acceptables se retournent vers les écolo-
gistes pour leur demander comment évaluer l’état écologique des éco-
systèmes. Le bilan de santé des écosystèmes est une approche intégrée
qui met l’accent sur la «qualité» de la diversité biologique et fournit des
lignes de conduite pour la restauration des écosystèmes endommagés.
La diversité biologique est un élément essentiel de ces bilans car elle est
le reflet, perceptible par les hommes, des conséquences des modifica-
tions physiques, chimiques et biologiques apportées au fonctionnement
des écosystèmes. On peut dire ainsi que la diversité biologique est un
«médiateur» entre les systèmes écologiques et les systèmes sociaux.
Le lac d’Annecy en Haute-Savoie, considéré du temps de Rousseau
comme un «pur miroir», était réputé auprès des pêcheurs pour
ses poissons nobles tels l’omble chevalier. Dans les années 1950,
on constata que l’omble se faisait plus rare et que la transparence
de l’eau qui était d’une dizaine de mètres au début du siècle s’était
réduite de moitié. La cause en fut vite identifiée: les rejets
d’eaux d’égouts fortement chargées en nutriments en l’absence de
traitements. Le lac était ainsi en voie d’eutrophisation, avec des
symptômes évidents: diminution de la transparence des eaux,
augmentation de la turbidité liée au développement du phyto-
plancton suite aux apports en nutriments. Un seul remède, traiter
les eaux usées pour réduire les apports en nutriments. En 1957, les
communes riveraines décident de construire un collecteur qui fait
le tour complet du lac, et aboutit à une station d’épuration; les
travaux durent jusqu’en 1972. Depuis, le lac a lentement retrouvé
des eaux de bonne qualité. En 1993, la transparence était de 12 m
soit la même que celle mesurée au début du siècle.

234
9 •
La conservation de la diversité biologique
9.7.1 Santé et/ou intégrité des écosystèmes
L’extension de la notion de santé aux écosystèmes part de l’évidence
d’un dysfonctionnement de nombreux écosystèmes sous l’effet des
activités humaines. On définit un système en bonne santé comme un
système capable de maintenir son organisation et son autonomie
fonctionnelle dans le temps.
Sur le plan opérationnel des indicateurs d’état de santé nous sont
fournis pour partie par les indicateurs biotiques (voir plus loin), ou
physico-chimiques. Mais il est nécessaire également de prendre en compte
les aspirations de la société qui sont liées à son système de valeurs et
de représentations. Ainsi, il est généralement admis que l’expression
«santé des écosystèmes» est utilisée pour décrire l’état souhaité d’un
système
, défini en général par un groupe d’intervenants. Un critère
peut être par exemple de pouvoir pêcher certaines espèces de poissons,
ou d’y observer certaines espèces d’oiseaux. La perception peut être
différente selon le type d’écosystème et l’époque et la notion de santé
est donc relative.
Les Canadiens ont développé le concept assez voisin d’intégrité des
écosystèmes. L’intégrité biotique des écosystèmes peut se définir comme
la capacité d’un milieu à abriter et à maintenir une communauté équi-
librée et adaptée d’organismes, ayant une composition spécifique, une
diversité, et une organisation fonctionnelle comparables à celles d’habitats
naturels de la région (ou du moins des habitats les moins perturbés). Le
La directive cadre sur l’eau (DCE)
La DCE définit un cadre pour la gestion et la protection des eaux
par grand bassin hydrographique au plan européen. Elle est appelée
à jouer un rôle stratégique en matière de politique conservation et
de restauration des milieux aquatiques superficiels. Elle fixe en
effet des objectifs ambitieux pour la préservation et la restauration
de l’état des eaux superficielles (eaux douces et eaux côtières) et
pour les eaux souterraines. Elle définit les normes d’un «bon état
chimique» et se propose d’atteindre un «bon état écologique»
défini sur la base d’indicateurs biologiques par rapport à des
systèmes considérés comme peu dégradés. Elle exige pour cela
que soit établi un «plan de gestion» définissant les objectifs à
atteindre en 2015 et d’identifier les actions nécessaires à leur
réalisation. Elle impose donc une obligation de résultats.