
9.7
L’approche préventive: le bilan de santé des écosystèmes
235
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
concept d’intégrité, comme le concept de santé, fait appel à des valeurs
sociales. Face à des perturbations, l’écosystème doit conserver la capa-
cité de réagir lui-même et d’évoluer vers un stade final qui soit normal
ou «bon» pour cet écosystème.
Les notions de santé ou d’intégrité sont porteuses de sens éthique et
moral: il y a des états des écosystèmes qui sont «normaux» et d’autres
qui sont «anormaux». Pour ces derniers, on parle de dysfonctionnement.
Cette approche normative est en porte-à-faux avec les notions de varia-
bilité et d’hétérogénéité qui sont actuellement développées en écologie.
Il n’en reste pas moins que sur le plan opérationnel, ces concepts sont
bien perçus par les utilisateurs et que, de manière empirique, ils
permettent de cadrer l’action publique en l’absence d’autres méthodes
plus heuristiques.
9.7.2 Les indicateurs biotiques
L’objectif des recherches sur les indicateurs biotiques est de fournir
des outils qui permettent de caractériser l’évolution dans le temps de
l’état écologique des écosystèmes. En particulier, les indicateurs bioti-
ques servent à déterminer si les conditions de l’environnement se
dégradent ou se maintiennent. Ils doivent servir également à vérifier ou
invalider le bien-fondé de mesures réglementaires afin de réorienter
éventuellement les interventions si les objectifs ne sont pas atteints.
Les indicateurs biotiques doivent en particulier:
• véhiculer une information la plus pertinente possible sous une forme
condensée, notamment en essayant de représenter de manière simplifiée
des phénomènes complexes;
• servir de moyen de communication, en particulier entre ceux qui
recueillent les informations et ceux qui les utilisent.
Sans en faire un inventaire exhaustif, diverses variables biologiques
sont actuellement utilisées comme indicateurs:
• Au niveau de l’individu, on distingue des indicateurs biochimiques
(modifications enzymatiques, carcinogénèse), des indicateurs physio-
logiques (taux de croissance, taux de fécondité, maladies), des
indicateurs de comportement. On utilise également les capacités de
bioaccumulation des organismes comme indicateur d’exposition.
Ces organismes sont parfois appelés organismes sentinelles.
• Au niveau de l’espèce, on reconnaît des espèces indicatrices qui ont
des exigences particulières vis-à-vis d’un ensemble de caractéristiques
physiques et chimiques de l’habitat. La présence-absence, des modi-
fications morphologiques ou concernant le comportement de cette

236
9 •
La conservation de la diversité biologique
espèce permettent d’apprécier dans quelle mesure elle est en marge
de ses besoins optimaux.
• Au niveau de la population, on utilise principalement les indicateurs
démographiques (structures en âge et structures en taille, taux de
natalité et de mortalité, sex ratio).
• Au niveau de l’écosystème, on peut examiner la structure des
communautés (richesse spécifique, abondance, biomasse, indicateurs
de structure) ou s’intéresser aux processus (production primaire,
production secondaire, cycles des éléments nutritifs), aux structures
(niveaux trophiques, chaîne alimentaire), au paysage (hétérogénéité,
fragmentation). On parle alors d’indicateurs écologiques. Dans le
cas d’indicateurs écologiques plurispécifiques, on peut être amené à
calculer des indices biotiques soit à partir de dénombrement, soit à
partir d’un système arbitraire de notation.
9.8
LES PERTURBATIONS, DES ALLIÉES
DE LA CONSERVATION?
Alors que la conservation évoque en général la protection contre les
dangers qui menacent les milieux naturels, il est maintenant établi que
Organismes sentinelles
Certains organismes se comportent comme des sentinelles vis-à-
vis des modifications de l’environnement en ce sens qu’ils peuvent
réagir à de faibles taux de contamination de polluant par exemple
en se raréfiant ou en pullulant, ou qu’ils ont des aptitudes particu-
lières à la bioaccumulation de contaminants dans leurs tissus.
Les lichens sont un bon exemple d’organismes ayant un grand
pouvoir d’accumulation de polluants transportés par l’eau de
pluie, à tel point que dans certaines régions où ils concentrent des
retombées d’explosions atomiques, ils deviennent une menace
pour les autres organismes qui s’en nourrissent.
En milieu aquatique, les bryophytes (mousses), ou les moules,
intègrent localement le niveau de contamination de l’eau sur le
long terme. En raison de leur capacité d’accumulation des polluants
métalliques et des radioéléments, ce sont des bio-indicateurs utilisés
pour détecter les pollutions.

9.8
Les perturbations, des alliées de la conservation?
237
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
des perturbations importantes sont parfois indispensables pour maintenir
à long terme la diversité biologique de certains écosystèmes.
9.8.1 Le feu
Le feu est souvent perçu comme un élément destructeur, lié aux activités
humaines. Il a éliminé des écosystèmes entiers, mais beaucoup d’espèces
et d’écosystèmes se sont adaptés au cours des âges aux incendies qui
ont ravagé plus ou moins périodiquement la surface de la Terre. Le feu
n’est pas une invention de l’homme, c’est une composante naturelle de
beaucoup d’écosystèmes. Il est provoqué notamment par la foudre et
les éruptions volcaniques. Dans la région de Yellowstone par exemple,
la foudre a provoqué au moins 369 feux entre 1972 et 1987.
En réalité, dans les forêts dépendantes du feu, comme de nombreuses
forêts boréales, méditerranéennes ou tropicales sèches, le feu est un
événement attendu et nécessaire au bon fonctionnement de l’écosys-
tème. Il a pour effet d’accroître la variété de la forêt en ce qui concerne
la composition en espèces, la taille et la démographie. Il peut avoir des
effets bénéfiques en:
• Ouvrant la canopée par la création des chablis qui permettent l’émer-
gence d’espèces pionnières. Dans certains écosystèmes, les feux de
forêts ont aussi la fonction de réduire la surface totale de la forêt
permettant le développement de prairies et de steppe.
• Favorisant la germination d’espèces (parfois nommées les «filles du
feu») qui germent grâce aux flammes qui font éclater le fruit et libèrent
les graines. Ainsi, on a observé que le pin d’Alep émet une grande
quantité de semences fertiles dans les semaines qui suivent l’incendie.
• Facilitant le relargage de nutriments pour les sols, en particulier lorsque
les végétaux sont pourvus de feuilles coriaces qui se décomposent
lentement.
En 1988 un feu d’une importance inhabituelle a dévasté environ
un tiers du parc national de Yellowstone aux États-Unis. Certains
écologistes n’ont pas hésité à parler de désastre écologique qui
allait modifier à jamais le paysage de cette région. Dix ans après,
le bilan était beaucoup plus nuancé. La végétation arbustive et
herbacée s’était réinstallée et le paysage était tout aussi hétérogène
et diversifié qu’avant le feu de 1988. Toutes proportions gardées, les
systèmes biologiques naturels se sont donc rapidement régénérés.

238
9 •
La conservation de la diversité biologique
Le feu est également un constituant intrinsèque des savanes qui couvrent
près d’un cinquième des terres émergées et possèdent de nombreux
caractères favorables au passage du feu: alternance d’épisodes clima-
tiques secs et humides, orages secs et foudre, bois et herbes sèches
servant de combustible, etc.
Mais de nombreux feux «accidentels» ont aussi lieu au mauvais
endroit, à la mauvaise saison, et avec la mauvaise intensité. Il en
résulte des altérations de la végétation et l’élimination d’espèces mal
adaptées à survivre au feu. Pourtant, on sait aussi que changer les régimes
de perturbation par le feu des paysages et des forêts peut constituer une
menace pour ces milieux. La suppression des incendies conduit à
l’envahissement des systèmes ouverts par les arbres, et à la disparition
des espèces de clairières adaptées au passage du feu.
Actuellement, le mitage des milieux par l’urbanisation nécessite de
prendre des mesures de protection contre le feu. Mais l’interdiction de
brûler conduit à l’accumulation de débris, ce qui rend le couvert végétal
plus inflammable et provoque des incendies plus violents. On se pose
donc la question de savoir comment réintroduire le feu comme mode
de protection et de conservation dans certaines zones où il jouait un
rôle écologique.
9.8.2 Cyclones et tempêtes
Les tornades sont des événements météorologiques parmi les plus
violents et les plus imprévisibles. Dans les forêts, les conséquences
sont connues: en créant des chablis, les tornades participent à réinitia-
liser le processus de succession, contribuant ainsi au maintien d’une
forte richesse spécifique par la réinstallation d’espèces pionnières. La
Depuis le début du Tertiaire jusqu’au milieu du Miocène, la surface
de la Terre était recouverte par des forêts fermées. Il y a 10 à
12 Ma, la savane et les zones herbeuses se sont répandues sous les
tropiques, pour recouvrir de vastes surfaces il y a 5 Ma. Les prairies
proprement dites sont apparues il y a 2 Ma sous Homo erectus.
On invoque en général des climats plus secs et plus froids pour
expliquer ce phénomène qui a probablement été stimulé par le feu
ainsi que par le broutage des grands mammifères dont les trou-
peaux, en combinaison avec le feu, ont contribué à l’ouverture des
formations forestières.

9.9
Les conventions internationales
239
© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.
recolonisation s’effectue par rejets ou par germination de graines conte-
nues dans le sol ou encore par apport de graines à partir de populations
voisines.
La création de micro-habitats propres aux chablis, tels que le bois mort,
constitue pour plusieurs espèces animales et végétales des supports de
nourriture, de ponte ou d’abri. Pour le bois mort sur pied, la décompo-
sition par les champignons ou par les insectes aboutit à la formation de
cavités dans le bois qui sont fréquentées par de nombreux animaux:
écureuil, martre, lérot, fouine, genette, loir, etc., qui les utilisent comme
gîte diurne tandis que de nombreux oiseaux cavernicoles les utilisent
pour la reproduction: pics, sittelles, mésanges, grimpereau, chouette
hulotte, pigeon colombin, huppe fasciée, etc.
Les tempêtes et cyclones contribuent au maintien de la diversité des
forêts. Ainsi, dix ans après le passage de l’ouragan Joan au Nicaragua,
les zones dévastées de la forêt comptent deux ou trois fois plus d’espèces
d’arbres que les zones restées intactes. La prolifération de nouvelles
espèces apparaît maximale là où la destruction initiale fût la plus forte.
9.9
LES CONVENTIONS INTERNATIONALES
Au cours des dernières décennies, plusieurs conventions spécialisées
ont été signées, visant à garantir une meilleure protection de la Nature.
On mentionnera en particulier:
La Convention de Ramsar, du nom d’une ville d’Iran où un traité
international fut signé en 1971, a pour objet la conservation des zones
humides d’importance internationale, particulièrement comme habitats
des oiseaux d’eau. En y adhérant, les pays s’engagent à créer des réserves
dans leurs zones humides et à désigner au moins l’une d’entre elles sur
la liste des zones humides d’importance internationale.
La Convention de Washington ou Convention sur le commerce inter-
national des espèces de flore et de faune sauvages menacées d’extinction
(CITES) a été signée en 1973. Son objectif est de réglementer le
commerce international portant sur les animaux et végétaux, morts ou
vivants, et sur toutes leurs parties ou dérivés reconnaissables. Elle interdit
presque tout commerce d’espèces menacées d’extinction.
La Convention sur la diversité biologique qui est en vigueur depuis
1994 est le premier instrument mondial qui prenne en compte tous les
aspects de la diversité biologique: ressources génétiques, espèces et
écosystèmes. Elle met en avant quelques principes importants: