Материал: Christian Lévêque, Jean-Claude Mounolou Biodiversité Dynamique biologique et conservation 2008

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La Nature « utile » : valeurs et usages de la diversité biologique

8.1

NOTIONS DE BIENS ET SERVICES
FOURNIS PAR LES ÉCOSYSTÈMES

La Nature a longtemps été perçue comme une source inépuisable de
ressources gratuites, qu’elles soient ou non de nature biologique. Pour
les économistes, les biens sont les produits que nous achetons ou
vendons, et dont la valeur monétaire est fonction d’un marché. Le bois,
les poissons ou les champignons appartiennent à cette catégorie. Mais
la société dépend aussi des services rendus par les écosystèmes
(tableau 8.1), services qui sont plus difficiles à apprécier en termes
monétaires.

T

ABLEAU 

8.1    T

YPOLOGIE

DES

BIENS

ET

SERVICES

AINSI

QUE

DES

FONCTIONS

REMPLIES

PAR

LES

ÉCOSYSTÈMES

 (

D

’

APRÈS

 C

ONSTANZA

ET

AL

., 1997). 

Biens et services

Fonctions

Exemples

Régulation des gaz

Régulation de la
composition chimique 
de l’atmosphère

Équilibre CO

2

/O

2

,

Régulation 
du climat

Régulation de la
température globale, 
des précipitations
et autres phénomènes 
climatiques

Régulation des gaz
à effet de serre

Régulation
des perturbations

Réponses des écosystèmes 
aux fluctuations 
de l’environnement

Contrôle des inonda-
tions, résistance à la 
sécheresse, protection 
contre les tempêtes

Régulation
du cycle de l’eau

Régulation des débits

Approvisionnement en 
eau pour l’agriculture 
(irrigation) ou l’industrie 
(moulins)

Approvisionnement
en eau

Stockage et rétention 
de l’eau

Approvisionnement
en eau par les bassins 
versants, les réservoirs, 
les aquifères

Contrôle 
de l’érosion

Rétention des sols
dans les écosystèmes

Prévention de l’érosion 
par le vent, le ruisselle-
ment, etc. Stockage des 
sédiments dans les lacs

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8.1  

Notions de biens et services fournis par les écosystèmes

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

Biens et services

Fonctions

Exemples

Formation des sols

Processus de formation 
des sols

Altération des roches 
et accumulation de 
matériel organique

Cycle des nutriments

Stockage, recyclage, 
transformation et acqui-
sition de nutriments

Fixation de l’azote, du 
phosphore ou d’autres 
éléments nutritifs

Traitement
des déchets

Récupération des nutri-
ments mobiles, dégrada-
tion des composés en 
excès

Contrôle des pollutions, 
traitement des déchets, 
désintoxication

Pollinisation

Mouvements 
des gamètes floraux

Fourniture de pollinisa-
teurs pour la reproduc-
tion des plantes

Contrôle biologique

Régulation des 
populations à travers les 
chaînes trophiques

Contrôle des proies 
par des prédateurs clés, 
contrôle des herbivores 
par les carnivores

Refuge

Habitat pour des 
populations résidentes 
ou de passage

Nurseries, habitats pour 
espèces migratrices, etc.

Production
de nourriture

Proportion de la produc-
tion primaire brute 
qui est utilisable 
pour la nourriture

Production de poissons, 
de gibier, de fruits, de 
graines etc.

Matériaux

La proportion de la 
production utilisable 
sous forme de matériaux

Production de bois 
de grume, de fuel, de 
fourrage

Ressources
génétiques

Source de matériel 
biologique et de 
substances naturelles

Médecine, gènes de 
résistance pour l’agro-
alimentaire, espèces 
ornementales, etc.

Loisir

Fournir des opportunités 
pour des activités 
de loisirs

Écotourisme, pêche 
sportive, et autres 
activités de plein air

Culture

Fournir des opportunités 
pour des usages non 
commerciaux

Valeurs esthétique, 
artistique, éducative, 
spirituelle ou scientifi-
ques des écosystèmes

T

ABLEAU 

8.1    T

YPOLOGIE

DES

BIENS

ET

SERVICES

AINSI

QUE

DES

FONCTIONS

REMPLIES

PAR

LES

ÉCOSYSTÈMES

 (

D

’

APRÈS

 C

ONSTANZA

ET

AL

., 1997). (

SUITE

)

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La Nature « utile » : valeurs et usages de la diversité biologique

L’«Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire» a beaucoup

travaillé, dans une démarche fortement anthropocentrée, sur la notion
de services que procurent les écosystèmes vis-à-vis de certains éléments
constitutifs du bien être de l’homme (figure 8.1). Il peut s’agir de
services de prélèvements (essentiellement les biens fournis par les
écosystèmes), de services de régulation (du cycle de l’eau ou du climat
par exemple), et de services culturels qui se réfèrent aux bénéfices
immatériels issus des écosystèmes. Ces services affectent directement
les populations à travers leurs impacts sur les éléments constitutifs du
bien être humain tels que la sécurité, la santé, les relations sociales et
culturelles, etc.

Figure 8.1    Les services fournis par les écosystèmes et leurs liens

avec le bien-être de l’homme.

(D’après Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire.)

LIBERTÉS ET

POSSIBILITÉ

DE CHOISIR

SERVICES
D’AUTO-
ENTRETIEN

Sécurité

• Capacité d’habiter dans un
   environnement sain et propre

Services de prélèvement

Services que procurent les écosystèmes

Facteurs et éléments constitutifs du bien-être

Produits issus des écosystèmes
• Nourriture
• Eau douce
• Bois de feu
• Fibre
• Produits biochimiques
• Ressources génétiques

Services de régulation

Bénéfices issus de la régulation
des processus des écosystèmes
• Régulation du climat
• Régulation des maladies
• Régulation de l’eau
• Épuration des eaux

Sevices nécessaires
à l’octroi de tous les
autres services fournis
par les écosystèmes

Services culturels

Bénéfices immatériels issus
des écosystèmes
• Spirituels et religieux
• Agrément et écotourisme
• Beauté écologique
• Inspiration
• Éducationnel
• Instinct géographique
• Héritage culturel

Éléments essentiels
pour une vie agréable

• Capacité d’accès aux ressources
   procurant des revenus et
   conduisant au bien-être

Santé

• Capacité d’accès à
   une alimentation adéquate

Bonnes relations sociales

• Opportunité d’extérioriser les
   valeurs récréatives et beauté
   écologiques liées aux écosystèmes
• Opportunité d’extérioriser
   les valeurs culturelles et
   spirituelles liées aux écosystèmes
• Opportunité d’observer, d’étudier
   et de découvrir les valeurs
   cachées des écosystèmes

• Capacité d’échapper
   aux maladies évitables
• Capacité d’accès à l’eau potable
• Évolution dans une atmosphère
   saine (exempte de pollution)
• Capacité d’accès à une source
   d’énergie protégeant de
   la chaleur et du froid

• Capacité d’atténuer
   la vulnérabilité aux chocs
   et stress écologiques

• Constitution des sols
• Développement
   du cycle nutritionnel
• Production primaire

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8.2  

Évaluation économique de la diversité biologique

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© Dunod – La photocopie non autorisée est un délit.

8.2

BASES THÉORIQUES
DE L’ÉVALUATION ÉCONOMIQUE
DE LA DIVERSITÉ BIOLOGIQUE

Selon l’économie classique, c’est le marché qui fixe les prix, c’est-à-
dire que la valeur d’un produit s’établit dans le cadre des échanges entre
un vendeur et un acheteur. Ce prix reflète à la fois le coût de production
du produit et la préférence affichée par le consommateur lorsqu’il a le
choix entre divers produits. Ainsi la destruction d’une forêt pour le
commerce du bois entre dans le cadre du marché puisque certaines
espèces font l’objet d’une demande forte et sont payées parfois très chers.
Mais en même temps, la destruction de cette forêt prive les hommes
d’autres ressources (fruits, champignons, plantes médicinales, bois de
chauffe, etc.) et des services que la forêt pouvait rendre sur le plan de
la régulation des cycles biogéochimiques (stockage du carbone par
exemple), de la production d’oxygène, de son rôle d’abri et d’habitat
pour d’autres espèces. La perte de tous ces produits ou de ces fonctions,
ainsi que le prix à payer pour replanter les arbres, ne sont pas pris en
compte par les exploitants forestiers. Le marché sous-évalue donc le
prix du bois en ignorant les autres biens et services fournis par la forêt.
Ce biais est évidemment préjudiciable à la conservation de la biodiversité
et plus généralement à une gestion durable des ressources naturelles.
Pour remédier à cette situation, il faut identifier les divers types de
valeurs que peut revêtir la biodiversité et disposer d’instruments qui
permettent de réintroduire la diversité biologique, bien gratuit, dans le
circuit économique. C’est un enjeu majeur actuellement pour l’économie
de l’environnement.

8.2.1 Valeurs d’usage et de non-usage

Une première approche est de considérer que la diversité biologique a
une valeur utilitaire et sert à satisfaire des besoins de la société. Une autre
est de reconnaître que la diversité biologique a une valeur intrinsèque,
en dehors de toute utilité. Il s’agit par exemple de la valeur d’existence
d’un animal, qui peut se traduire par «combien sommes-nous prêts à
payer pour maintenir en vie une espèce menacée?». C’est reconnaître
que la vie a un prix en dehors de toute spéculation financière.

On peut donc distinguer des valeurs d’usage qui sont estimées à

partir de l’utilisation qui est faite de la biodiversité, et des valeurs de
non-usage
 qui sont estimées sur la base d’autres critères que le marché
ou l’utilité.

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8  •

  

La Nature « utile » : valeurs et usages de la diversité biologique

Les usages peuvent être directs ou indirects. Les valeurs d’usage

direct correspondent par exemple aux bénéfices tirés de la production
de denrées alimentaires, de la consommation sous forme de chasse, de
cueillette, de pêche, de la fourniture de matière première industrielle et
pharmaceutique, ou encore de l’observation de la flore et de la faune
(tourisme vert). Les valeurs d’usages indirects sont essentiellement
dérivées des fonctions écologiques: par exemple l’épuration des eaux,
la régulation des cycles biogéochimiques, etc.

Les valeurs de non-usage ne sont pas reflétées dans les prix de marché.

Il n’en reste pas moins que beaucoup d’actifs naturels, même s’ils n’ont
pas de prix, sont toutefois crédités de valeur, qu’elle soit religieuse,
philosophique, morale, culturelle, ou même économique. Il existe diffé-
rents concepts de valeurs de non-usage qui mesurent le consentement à
payer d’un agent économique pour la préservation de l’environnement
et des actifs naturels:

• Le prix d’option qui mesure le consentement à payer pour la préser-

vation d’un actif naturel en vue d’un usage futur probable. Le prix
d’option est comparable à une prime d’assurance.

• La valeur de legs qui est le consentement à payer afin de préserver

un actif naturel en vue de son usage par les générations futures.

• La valeur d’existence mesure le consentement à payer sans que l’on

anticipe un usage futur. Par exemple pour la préservation du panda,
sans jamais espérer le voir un jour en liberté. Il s’agit en fait du vérita-
ble concept de non-usage, les précédents reflétant des usages différés
ou probables.

Les méthodes d’évaluation des valeurs de non-usage sont beaucoup

plus difficiles à formaliser que celles correspondant aux valeurs d’usage
reflétées directement, au moins en partie, dans les transactions finan-
cières. L’approche la plus ancienne est celle des coûts de transport et
d’équipement
 acquittés par les consommateurs pour avoir accès à la
diversité biologique (parcs naturels, chasse, pêche). Une autre approche
consiste à créer un marché fictif par le biais d’enquêtes. Appelée
méthode d’évaluation contingente, elle consiste à demander aux indivi-
dus leur consentement à payer (ce qu’ils seraient prêts à débourser…)
pour conserver un élément de la diversité biologique, que ce soit une
espèce ou un écosystème.

8.2.2 Biens économiques et biens gratuits

Pour procéder à l’évaluation économique de la diversité biologique il
faut rappeler la distinction entre les biens économiques et les biens

Источник: https://files.student-it.ru/previewfile/14268